Arkheia, revue d'histoire

Ils ont su dire NON. Paroles de Résistants de Pierre Laborie et François Icher

Par par Gilbert Beaubatie
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Article publié dans
Critiques de livres

(...) l’ignoble passé" (Vladimir Yankélévitch)
- le troisième mérite de cet ouvrage, qui curieusement n’a pas eu l’heur de retenir l’attention de la critique, se trouve dans le choix de 118 clichés, qui montrent divers aspects, soit de la vie quotidienne, soit de l’engagement, à côté, en faveur, ou dans la Résistance. Chaque photographie, située dans le temps et dans l’espace, français et parfois étranger 1, illustre une ou deux citations emblématiques d’un personnage, d’un fait, d’une tragédie ou d’une espérance... En 1974, Pascal Copeau, membre permanent du bureau du CNR, reconnaissait volontiers que la Résistance n’avait été qu’ "une faible toile d’araignée" et que les Résistants, "Pénélope infatigable", ont passé leur temps à circuler à bicyclette ou "à réparer cette toile d’araignée", "à la rapetasser, à renouer les fils, à remettre des hommes là où ils étaient tombés". Justement, à la page 75, on peut lire, sous la plume d’un résistant de l’Aude un hymne à la bicyclette : "Pour le ravitaillement de camarades détenus à Saint-Sulpice, nous roulions dans le Lauragais à la recherche des denrées. Porter du linge propre et des nouvelles à nos camarades planqués aux quatre coins du département, assurer des liaisons, porter des plis, pédaler sans trêve le long des routes sillonnées par les troupes allemandes et leur Feldgendarmerie, tel fut notre lot obscur et sans gloire". " Les camarades qui sont tombés ", comme les 18 maquisards de l’Armée secrète qui ont été massacrés le 15 novembre 1943, à La Besse, commune de Sainte-Féréole (Corrèze), ont vite été remplacés par d’autres, bien décidés à construire et à solidifier "la cité clandestine de l’honneur" (Pascal Copeau), et à faire de la Résistance un fait moral, "une utopie, c’est-à-dire une vérité prématurée et une passion" (Emmanuel d’Astier de La Vigerie).

Les onze pages consacrées au sort réservé aux Juifs, à travers huit citations, cinq photographies et un tract, retiendront aussi l’attention du lecteur. Devant "les enfants arrachés à leurs mères, entassés dans des wagons à bestiaux", certains ont aussitôt manifesté leur réprobation. A partir du 29 mai 1942, le port de l’étoile jaune a été rendu obligatoire pour les Juifs dans la zone occupée. Décision qu’un Parisien, "très digne, très distingué, avec la Légion d’honneur", s’est empressé de stigmatiser : après avoir ôté son chapeau, il a demandé à une victime croisée dans la rue "pardon pour la France". Le 23 août suivant, à Toulouse, l’archevêque Jules-Géraud Saliège a condamné les persécutions antisémites et fait rappeler dans toutes les paroisses de son diocèse que "les juifs sont des hommes, les juives des femmes" et que "tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain". Dans l’église de Montbéliard, l’abbé Jean (...)



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