Arkheia, revue d'histoire

Inondations de Moissac : il faut un lieu de mémoire

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Revue de presse

TARN & GARONNE - Dans la nuit du 3 au 4 mars 1930, le Tarn-et-Garonne est englouti par les eaux du Tarn, de l’Aveyron et de la Garonne LaDepeche.fr | le 03/03/2010 | 11:09


A l’heure où le bilan de la tempête Xynthia qui a dévasté, ce week-end, l’ouest de la France fait état d’une cinquantaine de morts, on peut imaginer le chaos qui sévissait à Moissac au matin du 4 mars 1930. Le Tarn en crue qui a charrié des tonnes de boue, d’arbres et d’animaux morts n’a laissé derrière lui qu’un amas de ruines et de désolation. Le constat est sans appel et implacable : sur les 7 400 habitants que compte alors la cité uvale, on dénombre 5 896 sans-abri, soit 80% de la population moissagaise (1). Aux 1 400 maisons qui ont été rasées en une seule nuit, le bilan des pertes humaines est féroce et à la mesure de la catastrophe : 120 Moissagais, dont le plus jeune, Georgette Caffard, a seulement 4 mois, sont morts noyés ou ensevelis dans leur habitation, auxquels il faut ajouter 644 blessés. Dans une France rurale où l’eau courante et l’électricité sont encore un luxe pour une majorité de la population, on imagine la difficulté des survivants qui n’ont dû compter que sur eux-mêmes avant l’arrivée des secours (2). C’est donc avec des moyens rudimentaires, parfois une simple armoire transformée en radeau, et des conditions qui n’ont rien à envier aux sinistrés d’Haïti que les Moissagais ont dû survivre à ce déluge apocalyptique.

Jusqu’ici, aucun autre événement climatique n’a autant affecté le sort des Moissagais qui ont été, durant cette inondation de 1930, les habitants de la commune la plus durement touchée.

Dans un pays champion toute catégorie des commémorations et des lieux de mémoire, il est d’autant plus surprenant qu’aucune municipalité n’ait, depuis quatre-vingts ans, appuyé l’édification ne serait-ce que d’une stèle, au mieux d’un véritable monument où figureraient les noms des 120 Moissagais qui périrent dans la nuit du 3 au 4 mars 1930. Trop souvent galvaudé par des thuriféraires en mal de reconnaissance, le devoir de mémoire envers les familles moissagaises endeuillées prendrait ici tout son sens et une place qui ne lui est que rarement dévolue. Gageons que les manifestations organisées cette année, pour le quatre-vingtième anniversaire de cette tragédie, n’en feront pas l’impasse et honoreront, enfin, le souvenir de cette centaine de familles moissagaises.

Notes
- 1. Le dernier numéro de la revue d’histoire régionale « Arkheia », intitulé « Les Caprices du temps », est consacré à cette inondation (80 pages, 12 € en librairie).

- 2. Un régiment de tirailleurs sénégalais basé à Castelsarrasin avait aidé les sinistrés dès le 3 mars.



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