Arkheia, revue d'histoire

Jacques Godechot un lorrain à Toulouse

Par Paul Arrighi
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale

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Ce n’est pas à l’Université de Toulouse le Mirail ou il enseignait depuis 1945 que j’ai eu comme Professeur Jacques Godechot, que tous les étudiants nommaient « le Doyen ». C’est lors des années tumultueuses 1972 ou 1973, que j’eus la chance d’écouter ce monsieur fort distingué qui enseignait : « l’histoire du monde contemporain » à l’Institut d’études politiques à Toulouse. Je doute fort que le jeune étudiant de vingt ans que j’étais, ait été alors prêt à recevoir avec le recul d’esprit suffisant l’enseignement du maître. En effet, ce grand savant qu’était Jacques Godechot était un homme discret et pudique, bien à l’inverse de ces intellectuels médiatiques qui ont émergé plus tard dans les années 80, et qui firent profession presqu’autant de vendre autant leur image que de délivrer leur savoir. La meilleure description physique de ce savant me paraît celle qui a été collectivement donnée par plusieurs de ses collègues de la revue des « Annales du Midi » : « Sa mince silhouette un peu voutée, son visage émacié, éclairé par un sourire bienveillant, sa voix fine et pourtant bien timbrée resteront dans la mémoire de tous. » Dans mes propres souvenirs, Jacques Godechot se présente comme un « Monsieur très distingué », presque « Vieille-France », bien loin des tenues vestimentaires alors un peu débraillées qui étaient de mode parmi les jeunes assistants de faculté recrutés dans l’après 1968.

Dans les années soixante où je fis mes études, les Universités de Lettres, qui avaient longtemps méconnu le rôle et l’œuvre de Marx lui donnait alors « retour de flammes ». Les « marxismes » par ailleurs forts divers souvent contradictoires et mâtinés de psychanalyse, brillèrent une sorte d’ « été indien » de la pensée, comme autant d’étincelles fugaces qui ne se sont hélas avérées qu’un feu de paille assez superficiel dans notre vie intellectuelle. Les conséquences de cette « mode intellectuelle » fugace fut de valoriser parfois abusivement tout ce qui était collectif ou structure, au détriment de la complexité des faits et du caractère personnel souvent aléatoire des choix et décisions et du rôle des acteurs et du tempérament des hommes eux-mêmes.

Le climat intellectuel a, en nos années charnières 2010-2011, bien changé et les notions de « classes sociales » dont l’on se gargarisait tant alors se sont vues substituer la notion plus fluide de « réseaux ». Les préoccupations des « sciences sociales » se sont désormais presque caricaturalement centrées sur la notion d’individu jusqu’a verser dans un « égotisme » sans Stendhal. Ce « coup de barre » dans l’histoire des idées ne se révèle pas sans danger ni sans excès et risque désormais de nous faire méconnaître la réalité des ressorts profonds qui sous-tendent l’action humaine, la place et la force du  (...)


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