Arkheia, revue d'histoire

Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard, La République du Tour de France,1903-2003

Par Christian Bardot
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13

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Le sport est devenu depuis quelques années objet d’histoire . Intérêt logique si l’on considère l’importance qu’il a prise dans nos sociétés contemporaines, à la fois comme pratique sociale et comme spectacle. Illustrant cette orientation, cette histoire du Tour de France vient à son heure . Publiée pour le centenaire de la Grande Boucle, la synthèse de Jean-Luc Bœuf et Yves Léonard, tous deux chercheurs à l’IEP et cadres de l’administration territoriale, envisage l’épreuve reine du cyclisme international dans ses diverses dimensions. « Miroir du XXème siècle », le Tour peut être traité comme un objet d’histoire totale. La lecture politique est toutefois privilégiée : comme l’indique le titre, les auteurs mettent en parallèle l’événement sportif et l’évolution de l’idéal républicain en France. Elle n’est cependant pas exclusive : l’ouvrage donne de nombreux aperçus sur l’arrière-plan économique, la sociologie des coureurs, les liens avec la psychologie et les modes de vie collectifs. L’étude suit la démarche chronologique appropriée à la démonstration. Depuis sa première édition, en 1903, le Tour n’a cessé de s’adapter à l’esprit du temps – le devançant parfois – tout en en tentant de préserver un héritage, une tradition sans cesse invoquée. La période initiale est naturellement privilégiée et la IIIe République occupe la moitié de l’ouvrage car l’essentiel paraît se jouer là. Très précisément reconstitué, le contexte de fondation de l’épreuve indique parfaitement les enjeux : on voit s’enchevêtrer les considérations politiques de circonstances (le Tour est pour une part un effet de l’Affaire Dreyfus) et celles qui relèvent du fond. Henri Desgrange et son équipe partagent l’obsession des gouvernants de l’époque : effacer le traumatisme de la défaite de 1871 en organisant méthodiquement le redressement du pays. Cela passe par un effort militaire, par des alliances, mais aussi à travers un « réarmement moral » qui doit permettre, dans un même mouvement, de renforcer l’amour de la patrie et de stimuler « l’énergie nationale ». Le Tour exaltera donc l’effort physique ,en donnant en exemple le courage des « forçats de la route », tout en rendant plus sensibles aux Français qui les connaissaient encore mal les caractéristiques du territoire et notamment celles de ses frontières. Longtemps, le tracé du Tour sera un « chemin de ronde » reliant entre elles de grandes villes frontières et insistant sur ces formidables barrières « naturelles » que sont les Alpes et les Pyrénées. On rejoint aussi – mais les auteurs n’y insistent guère – les préoccupations hygiénistes, si vives à la Belle Epoque dans toute l’Europe, que ces élites hantées par l’idée de décadence, entendent imposer aux populations grâce aux bienfaits des bains et du sport ; les vertus, pourrait-on dire, de (...)

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