Arkheia, revue d'histoire

Jean-Paul II : témoin de l’espérance par Georges Weigel, partie II

Par Bernard Housset
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Mgr Bernard Housset, Evêque de Montauban.

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Essai de bilan à la veille du Pontificat de Jean-Paul II. Entre l’église de Pologne et le pouvoir communiste, le conflit est permanent, plus ou moins aigu. Le pouvoir cherche à passer pour l’expression de la nation polonaise, tant pour son autorité politique que pour son autorité morale. Pour cela, il faut que l’église n’existe pas. Tout autrement que dans les nations occidentales, il faut que l’un des deux côtés l’emporte, et que l’autre perde. Donc, pas de dialogue chrétien-marxiste là-bas. Les communistes y dépendent de plus en plus des mots d’ordre soviétiques. Il se maintiennent au pouvoir non grâce à leurs théoriciens mais par leur police. Réaction de Wojtyla : “‑On peut comprendre qu’un homme chercher et ne trouve pas, mais il est incompréhensible qu’on impose l’interdiction de croire‑”. De la part du pouvoir, le harcèlement est continuel : élections truquées, invention de congés absurdes et d’anniversaires aberrants pour supplanter les fêtes religieuses traditionnelles. Promotion d’individus incompétents mais “‑alignés‑”. Accès à l’université refusé pour cause d’opinions religieuses. La résidence de l’archevêque truffée d’écoutes. La voiture du cardinal suivie en permanence. C’est la culture du mensonge. Quel dirigeant connaît mieux que Wojtyla l’ensemble de la société polonaise ? Qui voit mieux que lui les attaques contre la dignité humaine ? Dans sa cathédrale, il incarne la tradition vivante de Cracovie ; sa résistance culturelle s’oppose à l’expropriation de l’histoire polonaise. L’Ostpolitik de Paul VI et de Casaroli s’est fondée sur le statu quo de Yalta et se contente, pour les églises du glacis soviétique, du maintien de la vie sacramentelle. Position déjà mal reçue des catholiques de Tchécoslovaquie. Mais ce sont les polonais qui trouveront leur propre issue. Le cardinal Wysczynski de Varsovie veut rester modéré dans ses exigences mais acharné à les défendre : que l’église, sans que ses principes soient compromis, soit dignement associée à la construction de la société polonaise. Wojtyla, bien décidé à maintenir avec lui un front uni, et à rester le second de la hiérarchie catholique du pays, voit dans le marxisme un problème intellectuel. Tandis que le primat de Varsovie se méfie des intellectuels en général et voit dans la foi des gens simples le dépositaire de l’honneur national, Wojtyla, d’ailleurs tout acquis à la valeur de la piété populaire, s’attache à faire une place à l’intelligence critique. Au lieu de chercher à rencontrer Gierek ou quelque autre leader communiste en vue d’un entretien banal et sans fruit, il préfère être en contact substantiel avec les intellectuels dissidents ou catholiques ; avec les rédacteurs de la presse catholique, les philosophes, les poètes, les musiciens et autres artistes, en qui il voit les vrais acteurs du drame polonais. Se (...)

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