Arkheia, revue d'histoire

Juin 1940, Manuel Azaña à Montauban

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°4
Auteur : Max Lagarrigue est historien, directeur-fondateur de la revue Arkheia. Spécialiste du communisme rural, il a également publié de nombreux articles et ouvrages sur la Résistance. Le dernier en date s’institule : 99 questions... La France sous l’Occupation (CNDP, 2007).

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L’arrivée en mars 1939 dans la petite commune de Septfonds d’un peu plus de 16.000 hommes appartenant à l’ancienne armée républicaine espagnole est un épisode connu d’un certain nombre de tarn-et-garonnais, au moins de part son ampleur quantitative. Cette migration forcée dans des conditions extrémement difficiles, a mis en exergue la présence du plus haut personnage de la République espagnole à Montauban. En effet, Manuel Azaña, président en exercice jusqu’au 27 février 1939, passe la frontière française une nuit de 4 février à pied. Il arrive le 29 juin 1940, 60 ans jour pour jour, dans la cité d’Ingres. Dès le 24 juin, Azaña et toute sa famille qui séjournent depuis octobre 1939 au Pyla-sur-Mer, demandent aux autorités françaises de quitter les lieux. L’ancien président a peur qu’avec l’arrivée de l’armée allemande, sa sécurité ne soit plus assurée. Après un bref passage par Périgueux, Azaña finit par avoir une autorisation pour se rendre à Montauban. Il ne sait pas à ce moment précis que la ville " la plus rose " sera sa dernière demeure. Il semble que ce choix soit dû au fait que l’un de ses amis le docteur Cabello y séjourne et se soit proposé de l’héberger. N’oublions pas que Montauban est un des carrefours de l’immigration espagnole. Exceptés les milliers de combattants détenus au camp de Judes, Montauban compte une population de plus de 3.000 réfugiés espagnols. Beaucoup vivotent, subsistant de l’aide d’associations confessionnelles ou caritatives, et résident sur de la paille généreusement mise sur le sol de la Halle Ligou. Azaña arrive donc à Montauban et s’installe au 35, rue Michelet. L’appartement est prêté par le docteur Honoré Cave, encore mobilisé alors, et ami du Dr Cabello. Il partage le logement avec trois députés espagnols, Ricardo Gasset, Martinez Barrio et Enrique Navarro. Durant cette période, Azaña tente à plusieurs reprises de prendre contact avec le gouvernement de Vichy qui fait la sourde oreille. Après l’arrestation de sa sœur par la Gestapo - restée au Pyla - il cherche à se rendre en Suisse. Dans le même temps, Azaña quitte l’appartement du 35, rue Michelet pour l’hôtel du Midi. C’est vraisemblablement le gouvernement mexicain qui lui obtient cette chambre, sa dernière demeure. Il comprend rapidement qu’il est assigné à résidence. Fatigué depuis des semaines, profondément bouleversé par les arrestations du Pyla, il est frappé d’une attaque cérébrale, le 16 septembre 1940. A cela s’ajoute, plusieurs témoins le corroborent, que des agents, phalangistes aidés de complicités locales, tenteraient d’enlever l’ancien président pour le ramener en Espagne. Des rumeurs d’arrestations ou d’enlèvements sont mêmes publiées dans la presse mexicaine qui s’en émeut. Le témoignage inédit laissé par le pasteur Jean Dautheville-Guibal à ce propos est intéressant : " Le secret de leur présence (les agents) grâce à un avertissement confidentiel (...)

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