Arkheia, revue d'histoire

Juin 1940 : la « Prison militaire de Paris » sur les routes de l’exode

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : Jacky Tronel est membre du comité de rédaction de la revue Arkheia et chercheur associé au projet « Prison du Cherche-Midi », à la Maison des Sciences de l’Homme, Paris.

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Des événements de juin 1940, nous avons tous en mémoire quelques-uns des clichés, stéréotypés. Le repli des prisons constitue l’un des aspects méconnu de l’exode. Au départ du Cherche-Midi et de la Santé jusqu’à Gurs, quelque deux mille détenus de la « Prison militaire de Paris » sont entraînés dans un « voyage au bout de l’enfer ». Chronique d’un exode pénitentiaire insensé.

Le traumatisme provoqué par l’effondrement de mai-juin 1940 est sérieux. L’offensive allemande, sur la Belgique d’abord, sur la France ensuite, entraîne l’exode massif de dizaines de milliers d’hommes et de femmes : Le peuple du désastre. Le gouvernement, les ministères et les administrations s’évanouissent dans la nature. Les prisons, les hôpitaux et les asiles sont vidés de leurs pensionnaires, quand ces derniers ne sont pas tout simplement abandonnés sur place, enfermés dans leurs cellules ou dans leurs chambres et laissés sans vivres, sans eau. Le profond sentiment d’abandon que ressentent les Français se nourrit du spectacle pitoyable qu’offre un gouvernement déliquescent, en fuite sur les routes de l’exil. Pointant du doigt cette faillite de l’État, Maurice Rasjus relève : « … mais certains privilégiés semblent être l’objet de toutes les préoccupations d’une République en colique. (…) Le ministre de la Justice, aidé par les forces de l’ordre, prend soin d’évacuer le maximum de prisonniers – politiques et droits communs – comme s’il n’y avait pas d’autres priorités . »

L’évacuation des prisons du Cherche-Midi et de la Santé

La « Prison militaire de Paris », dont nous allons évoquer le repli, désigne, initialement, la prison du Cherche-Midi. Toutefois, à compter du 10 septembre 1939, du fait d’une surpopulation consécutive à l’emprisonnement de centaines d’insoumis, déserteurs et « politiques » – communistes pour la plupart – les prisonniers en surnombre sont dirigés vers la maison d’arrêt de la Santé, devenue une annexe du Cherche-Midi. La Santé a été « préalablement vidée de ses prévenus civils eux-mêmes transférés depuis quelques jours à Fresnes . » Le 10 juin 1940, la Santé est évacuée, manu militari, peu avant que les Allemands n’entrent dans Paris. Les prisonniers de la Santé concernés par l’exode sont au nombre de 1 519. Huit d’entre eux sont des condamnés à mort. Deux jours plus tard, le 12 juin, le Cherche-Midi est évacué à son tour. On peut estimer le nombre des détenus impliqués par ce repli à 600, au minimum. Ainsi, la population de la « Prison militaire de Paris » touchée par l’exode – la Santé et le Cherche-Midi réunis – s’élèverait à plus de 2 000 personnes, jetées elles aussi sur les routes de France. L’historiographie relative a l’exode pénitentiaire est pauvre. Pour en savoir plus sur le sujet, il faut s’en remettre aux rares documents d’archives disponibles, (...)


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