Arkheia, revue d'histoire

Juin 1940 : la « Prison militaire de Paris » sur les routes de l’exode

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : Jacky Tronel est membre du comité de rédaction de la revue Arkheia et chercheur associé au projet « Prison du Cherche-Midi », à la Maison des Sciences de l’Homme, Paris.

(...) 18 heures, un surveillant (…) entre en trombe dans ma cellule. ‘Préparez vos affaires, me dit-il, vous partez.’ J’ai une minute de grande illusion : ‘Qu’est-ce qu’il y a ? – Il y a qu’on vous évacue !’11 Je suis atterré. (…) Je sors dans les couloirs très animés, où les gardiens s’affairent et où des prisonniers commencent à affluer. (…) On nous fait sortir dans la rue, qui est en état de siège, interdite à la circulation et gardée par des agents et des mobiles. Nous montons dans un autobus où (…) il règne une température de bain turc. (…) Nous attendons longuement. (…) Enfin nous partons. (…) Dès la Porte d’Orléans, nous avons une vision de débâcle. La route est affreusement encombrée des véhicules les plus hétéroclites, autos, voitures à cheval, charrettes, attelées ou à bras, bicyclettes, voitures d’enfant. Entassés sur tout cela des matelas, des meubles, des grappes de gens. C’est la fuite, la vraie fuite éperdue, une tristesse visible accable tous ces gens et un morne silence pèse sur cette foule. » Léon Moussinac revient sur les conditions de transport des prisonniers évacués par les autobus de la TCRP (actuelle RATP) : « Les stores des autobus sont abaissés, les glaces qui ont été préalablement barbouillées de peinture sont fermées. L’air est étouffant. (…) Un chef mobile fait encore une fois l’appel et nous annonce les consignes : ‘Défense de se lever de sa place sous aucun prétexte, de baisser les glaces.’ – Le premier qui bouge, une balle dans la peau. On se regarde. Il y a trois garde-mobiles sur la plate-forme. – Un joli voyage d’agrément qui s’annonce » Pierre Pédron précise : « Certains détenus vont rester dix-huit heures confinés deux par deux, les chaînes aux pieds, dans des cellules miniatures (50 centimètres sur 50). (…) Outre le traumatisme créé par le bruit de la bataille et des avions qui survolent ces autobus bondés d’hommes enchaînés et qui tremblent de peur, des exécutions sommaires parachèvent ce tableau d’apocalypse d’une administration en déroute. »12 Henri Martin rapporte la réaction des passants, à la vue de ce cortège de prisonniers : « Les gens nous montrent le poing, menaçants. On a dû leur raconter que nous étions des prisonniers, des espions, des traîtres, que sais-je ? On nous insulte, nous traitant d’agents de la cinquième colonne et l’on nous promet… le poteau ! Pauvres gens, comme ils sont facilement dupés par la propagande ! » |

Notes
- 1. Premier volume de La Grande histoire des Français sous l’Occupation, 1939-1945, Henri Amouroux, Laffont, 1976.
- 2. Pierre Miquel, L’Exode, 10 mai-20 juin 1940, Plon, 2003, p. 246.
- 3. M. Rajsfus, Les Français de la débâcle, juin-septembre 1940, un si bel été, Le Cherche-Midi, 1997, p. 44.
- 4. Ph. Grand, Prisons de Paris et de l’ancien département de la Seine - 1800-1940, archives de Paris, 1996, p. 107.
- 5. Archives (...)



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