Arkheia, revue d'histoire

Juin 40 : la négociation secrète de Jean-Piere Besse et Claude Pennetier

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Critiques de livres

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Ce court livre aurait sans doute fait « la une » si le parti communiste était demeuré une force dans ce pays. Ses auteurs – le premier, spécialiste des combattants de la Résistance et le second, successeur de Jean Maitron à la tête du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français – démontrent en effet ce qui leur apparaît comme l’impensable ( plus probablement, l’impensé ) : en juin 1940, le PCF s’est, le premier, présenté aux autorités allemandes en tant que partenaire loyal ; il leur a fait valoir son rôle d’allié objectif dès l’aube du conflit, de désintégrateur du moral de l’arrière et de saboteur de l’effort de guerre français ; il a cherché à se placer d’emblée sur un terrain idéologique compatible avec le nazisme, en particulier en stigmatisant le ministre de l’Intérieur, « le juif Mandel ». On en savait déjà beaucoup sur le contexte de cet épisode, lié à la tentative de faire reparaître L’Humanité avec l’imprimatur nazi ; concernant les faits, tout n’est qu’ample confirmation. La nouveauté repose dans la crudité antisémite du discours communiste à l’attention des Allemands – écrit de la main des dirigeants du PCF. Convient-il de repenser le tout en faisant endosser à Maurice Tréand, chef de l’appareil illégal et, paradoxalement, l’émissaire le plus directement exposé dans la négociation, le rôle de mauvais élève ? C’est la thèse des auteurs, visiblement un peu effrayés par la portée du scoop historique qu’ils nous proposent. Ne vaudrait-il pas mieux considérer toute l’affaire comme un révélateur de ce qu’aura été le PC à travers son histoire dans la vérité de ce moment - clef : un agrégat moulé dans une certaine culture de l’action et surtout doué d’un langage de reconnaissance communautaire ? Les loups étant entrés dans Paris, il ne parut pas indécent de commencer par hurler avec eux et de vouer aux gémonies les politiciens fauteurs de guerre impérialiste. Transférant la réflexion du terrain de la politique à celui de la mystique, Besse et Pennetier s’interrogent sur la part de consentement des militants à cette ligne, invoquant ceux qui restèrent « fidèles aux valeurs de l’antifascisme ». Diable ! Mais justement lesquels ? Ceux qui avaient accepté le pacte Hitler - Staline et étaient demeurés communistes ? Ceux qui l’avaient refusé et rompirent avec fracas ? Question sans réponse qui permet de passer au deuxième versant de l’ouvrage, centré sur l’homme qui incarnerait le mieux ces valeurs, Gabriel Péri. Péri ne fut certes guère emballé par le pacte mais il s’en tînt à quelques mots d’esprit ( « Si Staline ne veut plus mourir pour Dantzig, alors, moi non plus ! » ) ; il abdiqua ensuite tout rôle dans le mouvement clandestin et vécut dans de mauvaises planques jusqu’au jour où il fut donné à la police de Vichy par un dénommé Armand. Fusillé comme (...)

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