Arkheia, revue d'histoire

Julián Besteiro, de l’institution de libre enseignement du socialisme

Par José Martinez Cobo
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Azana 2 / hors série
José Martinez Cobo médecin, historien du PSOE, Toulouse.

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27 Septembre 1940, dix heures du matin : une femme éplorée se presse dans la prison de Carmona, franchit le seuil d’une salle où quelques dizaines de prêtres basques la regardent passer, la pitié dans le regard. Au fond, une petite cellule où, sur un grabat, gît son mari. Cet homme vient d’avoir soixante-dix ans. Son visage couronné de cheveux blancs garde sur le côté droit les traits élégants du visage allongé d’un vieillard. Le côté gauche est monstrueux, gonflé, déformé par une énorme inflammation et la paralysie. Il est inconscient. Il a déliré toute la nuit prononçant des mots en allemand, tombant du lit. Sur la table de nuit un livre qu’il s’apprêtait à traduire : Jesus Christus de Karl Adam. Quelques heures plus tard s’éteint Julián Besteiro Fernández, le plus haut dignitaire républicain tombé aux mains des franquistes : doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres de Madrid, ancien président du PSOE et de l’UGT, président des premières Cortes de la République. Il est enterré le lendemain, à quatre heures du matin, dans le secret de trois membres de sa famille. Un recoin sauvage du cimetière de Carmona réservé aux enterrements civils le reçoit. La vindicte franquiste le poursuivra dans sa tombe, retardant jusqu’en 1960 le transfert de ses restes vers son Madrid tant aimé. Cet intellectuel qui, de 1912 à 1932, a été l’un des dirigeants les plus importants d’Espagne, assurément le plus haut responsable des organisations socialistes résume par sa vie les enthousiasmes, les illusions, les luttes, les contradictions et les déceptions des socialistes, tout comme Manuel Azaña, qui le suit cinq semaines après dans la tombe, illustre celles des républicains. Tous deux ont un autre point commun : partie de cette génération de 98, si célébrée et qui vient d’être illustrée, ils ont à la différence des autres intellectuels choisi la voie de l’engagement politique total, répondant ainsi à ce voeu de Ortega y Gasset : « l’heure de la grande tâche a sonné pour l’intellectuel espagnol ». Mais dans cette Espagne meurtrie, royaume du caciquisme et des puissances anachroniques, Julián Besteiro est au début moulé dans la trajectoire désordonnée des intellectuels rebelles, connus alors comme « régénérationistes ». Formation dans La Institución Né à Madrid de commerçants de la classe très moyenne et peu fortunée, il est l’un des premiers élèves de l’école primaire de l’Institución de Libre Enseñanza de Madrid. Il y entre en 1879, un an après l’ouverture de cette école primaire, deux ans après la fondation de l’Institution. Elle a été créée en 1876 par Francisco Giner de los Rios, brillant professeur d’université qui l’imagine alors que, expulsé de sa chaire pour ne pas s’être soumis à l’obligation de respecter le régime et le dogme catholique, il est assigné à résidence à Cadix. Le même sort étant (...)

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