Arkheia, revue d'histoire

L’Affaire du Fau (1944-1952)

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia n°4
L’auteur :
Max Lagarrigue est directeur-fondateur de la revue Arkheia. Historien, spécialiste du communisme rural, il a publié notamment un ouvrage sur le charismatique leader du communisme rural français Renaud Jean. Carnets d’un député communiste (éd. Atlantica, 2001). Il a publié récemment 99 questions...sur la France sous l’Occupation (CNDP, 2007).

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Qu’y a t-il donc de si mystérieux dans cette histoire de parachutage manqué, il y a plus de cinquante-cinq ans dans la périphérie montalbanaise ? Tous les ingrédients d’un roman a rebondissement semblent réunis dans cette affaire : de la trahison au complot, de l’ambition à l’appât du gain.

S’il est une “ affaire ” qui passionna les foules, c’est bien celle que l’on qualifia “ d’affaire du Fau ”. Nous tenons à remercier le service des archives départementales de Tarn-et-Garonne et en particulier sa directrice Pascale Marouseau pour les facilités qu’elle nous a accordé pour consulter la documentation dont nous avions besoin pour cette enquête.]] Quelques récents thuriféraires en ont, aujourd’hui encore, ressuscité les macabres inepties. Nous ne nous attarderons pas sur ces méandres, préférant les laisser dans l’anonymat duquel, nolens volens, ils ont voulu s’exclure pour nourrir une polémique bien stérile. Avec cette enquête, notre souhait est ambitieux : clore un demi-siècle d’interrogation et d’histoire-fiction. Surtout, permettre aux lecteurs curieux et aux derniers contemporains de cette époque plus de comprendre que de juger une période sombre.

Bilan humain de l’affaire

Au matin du 4 mai 1944, Félix Stotz, le chef de la Gestapo tarn-et-garonnaise, jubile. En habile manœuvrier, il vient, après deux jours d’attente, de démanteler un réseau de “ terroristes ” montalbanais. Pas moins de 12 arrestations en 48 heures tel est le bilan de cette affaire. La plupart des protagonistes appartiennent à la 3e compagnie de l’Armée Secrète (AS), l’un des groupes clandestins les plus dynamiques et les mieux armées du département. Dans la journée du 3 mai, la Gestapo de concert avec un groupe de 200 soldats de la Wehrmacht découvrent - nous verrons dans quelle mesure - lors d’un grand ratissage du Fau, un stock d’armes et d’explosifs dans la ferme Monceau, chemin des Dames noires. La ferme propriété récente de Jeanne et Marguerite Duchein, pharmacienne montalbanaise (rue Saint-Louis – aujourd’hui rue de la Résistance-), est louée en métayage à un dénommé Irénée Bès. Ce dernier, paysan caylusien évadé d’un camp de prisonnier non loin de Vesoul, était venu, avec son épouse, se camoufler à Montauban. Depuis février 1943, le fait est que Bès est membre de la 3e compagnie. Il en assure à 35 ans, date de son arrestation, le poste de chef de section adjoint (3e section de la 3e compagnie AS). En collaboration avec son chef, Marcel Vennat, Bès participe à l’apprentissage des armes aux jeunes clandestins. Suffisamment retirée de Montauban pour ne pas être inquiété sans pour autant en être trop éloignée si le besoin s’en faisait sentir, la villa Monceau est donc le lieu propice au camouflage d’armes.

Le 3 mai, entre 9 et 10 heures, un “ groupe d’une quinzaine, arme au poing ” effectue une perquisition musclée (...)


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