Arkheia, revue d'histoire

L’Épuration et les femmes en Dordogne (1944-1951)

Par Jacky Tronel
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°17-18
Auteur : Jacky Tronel chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche - Midi », à la Maison des Sciences de l’Homme, Paris. Membre du comité scientifique de la revue « Histoire pénitentiaire »et d’Arkheia.

Page suivante

Volonté de justice ou fureur de punir ? La répression des femmes déclarées coupables d’avoir collaboré avec l’ennemi pendant l’Occupation s’est exprimée sous deux formes : « sauvage » d’abord, légale ensuite.

« C’est fête ces jours - ci pour le badaud peuple de Périgueux. Et défilés ! Et fanfares ! On reprend le goût de sourire après avoir tant serré les poings et froncé le sourcil. Les Périgourdins furent bien ébaubis l’autre soir au passage d’un singulier cortège. Un être étrange, bizarrement humain, menait la danse. À force d’écarquiller les yeux, on reconnut des formes féminines et sous un crâne en boule d’ivoire marqué de peinture infamante, des yeux torves, une bouche baveuse : la hideur d’un déchet. C’est la femme aux bicots [1] ! ’ expliquaient les gosses au passage. Il n’y avait pas un regard de pitié pour elle ( … ) Et l’on pouvait songer aux défilés semblables qu’avaient vus les mêmes rues au Moyen - âge à une époque ardente et bonne enfant où l’on promenait les adultères nues, autour de la ville, juchées à rebours sur un âne. » Ces quelques lignes, relevées dans l’édition du 7 - 8 septembre 1944 des Voies nouvelles, campent assez bien le sujet. Le récit de cet événement, reproduit à l’envi tout au long des jours qui suivent la Libération, pose à la fois la question de la « justification » de l’Épuration et celle de la représentation de la « femme épurée ». Tant dans l’inconscient collectif que dans l’imagerie populaire, la femme tondue incarne le symbole de l’Épuration. Son crâne rasé révèle, au regard de tous, la matérialité du châtiment épuratoire. Quant à la nature des faits qui lui sont reprochés, ils dépassent largement le cadre de la « collaboration horizontale », à savoir l’inconduite sexuelle, réelle ou supposée, avec les Allemands ou leurs supplétifs. Précisons qu’il n’est pas question ici de réduire l’histoire de l’Épuration et des femmes en Dordogne aux tondues de Périgueux, de Bergerac et d’ailleurs. Le but de cette contribution n’est pas non plus d’entrer dans une logique de victimisation, ni d’engager une quelconque tentative de réhabilitation. Il s’agit simplement de procéder à la lecture d’un certain nombre de faits et de témoignages, analysés dans leur contexte, en vue de contribuer à éclairer une page obscure de notre histoire.  (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Claude Campanini, le témoignage d’un déporté de Buchenwald
Issu d’une famille d’immigrés italiens qui se sont installé dans le Sud-Ouest de la France, Claude Campanini entre en résistance après avoir été recruté par son instituteur, Lucien Loubradou. Membre de la 12e compagnie de l’Armée secrète, à Moissac (Tarn-et-Garonne), il est finalement arrêté en 1943 et déporté dans le camp de concentration de Buchenwald. Il livre ici un témoigne unique et saisissant sur ses années au coeur du système concentrationnaire nazi.
1939-1941 : les années de rupture L’histoire déconcerte. Elle impose brusquement aux hommes des réévaluations qui les surprennent et parfois les tétanisent. Osons le parallèle avec l’actualité et avec le désastre économique en passe de (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia