Arkheia, revue d'histoire

L’Épuration et les femmes en Dordogne (1944-1951)

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°17-18
Auteur : Jacky Tronel chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche - Midi », à la Maison des Sciences de l’Homme, Paris. Membre du comité scientifique de la revue « Histoire pénitentiaire »et d’Arkheia.

(...) 

Les principaux lieux de détention des prisonniers frappés d’épuration se trouvent, pour la partie Nord du département, à Périgueux : caserne du 35e RAD (Régiment d’artillerie divisionnaire) et maison d’arrêt Beleyme ; pour la partie Sud, à Mauzac : camps pénitentiaires (Nord et Sud), situés à une trentaine de kilomètres à l’Est de Bergerac. Le 18 mai 1946, ces derniers enregistrent un pic de 1 740 détenus. Du 1er novembre 1940 au 2 mai 1945, le camp Nord a le statut de prison militaire, puis de centre pénitentiaire, après cette date. Du 22 octobre 1947 au 15 février 1951, le camp Sud fonctionne en tant que prison pour femmes. Aujourd’hui, c’est un centre de détention pour détenus en fin de peine.

À la prison militaire de Mauzac Le 6 juin 1944, l’annonce du débarquement allié en Normandie suscite l’enthousiasme dans la population et soulève, en Périgord, une formidable vague de ferveur patriotique. Le climat est à l’insurrection. La « Quatrième République » est proclamée. Un « Comité français de libération » est mis en place. Le ralliement aux différentes forces de la Résistance, spontané pour les uns, calculé pour les autres, déclenche, dans tout le département, un certain nombre d’actions « épuratoires » et « libératrices », parmi lesquelles figure l’attaque du camp de Mauzac. Ce 7 juin 1944, sous la conduite de Léon Cerisier, alias Léontine, chef d’un maquis de l’AS, à Lalinde, une centaine de résistants se présentent à l’entrée de la prison ( camp Nord ). Ils obtiennent la libération de 42 « politiques ». Cerisier prend le contrôle de la prison et nomme le surveillantchef Joseph Chaussat au poste de commandant. À partir du 9 juin, les maquis de la région conduisent au camp de Mauzac leurs prisonniers. Dans un rapport du 29 juin 1944 adressé au service de la Justice militaire à Vichy, l’adjudant Antoine Chiaramonti, commandant la prison militaire, signale l’incarcération « par ordre du Maquis ( … ) de 229 détenus dont 48 femmes 2 ». De fait, du 9 au 21 juin 1944, période au cours de laquelle la prison militaire de Mauzac est sous contrôle de la Résistance, on relève la présence de 225 internés 3. 22,7 % sont des femmes, parmi lesquelles huit cultivatrices, trois bonnes, trois serveuses, deux couturières, deux infirmières, deux ménagères, une danseuse, une institutrice, une employée de bureau, une hôtelière, une commerçante, une vendeuse, une masseuse et une « rentière ». Quatorze d’entre elles sont déclarées « sans profession », et pour neuf autres, la profession n’est pas précisée. L’arrestation et l’incarcération d’un certain nombre de femmes sont liées à celle d’un proche – conjoint, fils ou frère – parce qu’« adhérent à un organisme de collaboration ». Parmi les principaux, citons la Légion française des combattants (LFC), le Service d’ordre légionnaire (...)



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