Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

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Messieurs les Députés, permettez-moi de dire quelques mots au sujet de cette question qui nous passionne aujourd’hui, dans l’intention de rechercher, avec la brièveté dont je serai capable, ce qui sera le plus efficace et le plus utile aux conclusions du débat. De toutes façons je crois que je n’aurais pu éviter d’intervenir dans ce débat, ne serait-ce que pour dissiper une confusion regrettable à propos de l’amendement déposé par monsieur Ramos et soutenu par quelques groupes politiques des Cortes. Cet amendement a du plomb dans l’aile, avant même d’être débattu, depuis qu’il a été frappé par le tir de monsieur le ministre de la Justice, et le changement d’avis de la commission lui a fait perdre une bonne part de sa cohérence avec le texte dont nous délibérons. Je ne me réfèrerai donc pas à son contenu pour ne pas manquer à l’opportunité ; mais de toutes façons, pour en venir à cette précision, à cette réfutation et à l’élimination de cette confusion, il m’intéresse d’examiner de façon approfondie les deux textes opposés soumis aux Cortes : celui de la commission et le texte alternatif, en recherchant au-delà du texte législatif et de sa forme juridique la profondeur du problème politique qui s’y trouve inscrit.

Il me semble, Messieurs les Députés, que nous ne tomberions jamais d’accord sur cette question si nous nous attachions à la traiter exclusivement sous sa forme juridique, si nous nous attachions à construire un cadre légal sans savoir exactement ce que nous allons y mettre dedans et si nous perdions notre temps à discuter de la perfection ou des imperfections de ce cadre légal sans être d’abord tout à fait sûrs que peuvent y trouver place toutes les réalités politiques espagnoles que nous souhaitons soumettre à sa règle.

Les réalités vitales de l’Espagne : voilà ce que nous devons toujours avoir sous nos yeux ; des réalités vitales qui préexistent à la science, à la législation et au gouvernement, et dont la science, la législation et le gouvernement s’emparent et s’occupent à des fins diverses et selon desméthodes tout à fait distinctes. La vie invente et crée ; la science avance par des abstractions qui aspirent à avoir une valeur universelle ; mais la législation est au moins nationale et temporaire, et le gouvernement - je veux dire l’art de gouverner - est quotidien. Nous avons à agir en tant que législateurs et que gouvernants et à trouver la règle législative et la méthode de gouvernement qui nous permettent de résoudre les antinomies présentes dans la réalité espagnole d’aujourd’hui ; plus tard viendra la science, pour nous dire comment appeler ce que nous avons fait.

Avec la réalité espagnole, matière de la législation, il arrive un peu ce qui se passe avec le langage ; la langue préexiste à la grammaire et à la philologie, et nous, Espagnols, ne sommes jamais restés muets (...)


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