Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) tout au long de notre histoire à attendre qu’on vienne nous dire quelle est la façon correcte de parler ou quel est notre génie linguistique. Il en est de même de la législation, qui absorbe et incorpore une riche matière vitale en constant renouvellement. Mais la législation, Messieurs les Députés, ne se fait pas seulement sous le coup de la nécessité et de la volonté ; ce n’est pas non plus un ouvrage spontané ; les lois se font en tenant également compte des principes généraux reconnus par la science ou consacrés par la tradition juridique, dont les plus hautes conceptions découlent de la philosophie et de la métaphysique. Cependant il peut arriver, il arrive en fait, c’est ce qui arrive à présent, et c’est ce qui nous passionne, que des principes tenus pour invulnérables, des inspirations agissantes pendant des siècles, en viennent à s’user, se flétrir, se vider, se dessécher, au point que la réalité vivante les fait voler en éclats et les détruit. Alors, il faut avoir le courage de le reconnaître et, sans attendre que la science ou la tradition soient revenues du choc et de la stupeur subis et élaborent de nouveaux principes, il faut chercher d’urgence à pourvoir à la nécessité et mettre à l’épreuve notre capacité d’invention, sans trop nous préoccuper de devoir donner, en inventant tant soit peu, une légère torsion aux principes reconnus comme intangibles. Faute de quoi, Messieurs les Députés, l’esprit juridique, le respect du droit et autres principes et notions inestimables, loin de nous servir à élaborer la nouvelle loi avec clarté et concision, deviendraient le plus grand obstacle à sa réforme et à son progrès et, au lieu d’être par la suite une garantie de stabilité, seraient le rempart irréductible de l’obstruction et du recul. C’est pourquoi, Messieurs les Députés, dans les peuples où l’on empêche les réformes régulières de la législation, où l’on ferme la voie à la réforme graduelle de la loi, où l’on n’entend pas jusqu’aux voix désintéressées de ceux qui pratiquent la science sociale et la science du Droit, il se produit fatalement, si le peuple n’est pas mort, une révolution qui n’est pas illégale, mais anti-légale par essence, parce qu’elle vient justement détruire les lois qui ne concordent pas avec le nouvel état de la conscience juridique. Cette révolution, si elle est rudimentaire, si elle ne va pas plus loin que l’émeute, se heurtera uniquement aux lois de police ou à quelque loi organique de l’État ; mais si sa préparation a été profonde, tenace, durable et pénétrante, alors une transformation radicale de l’État s’impose, dans l’exacte mesure où s’est manifesté le décalage entre la loi et la conscience publique. Et j’estime quant à moi, Messieurs les Députés, que la révolution espagnole, dont nous faisons les lois, appartient à cette dernière catégorie. La révolution (...)


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Nous recherchons des correspondants locaux !
La revue Arkheia s’intéresse à l’histoire du Grand Sud-Ouest, elle recherche des correspondants locaux pour participer à son animation et sa rédaction. Si vous avez un goût pour l’histoire de votre département ou que vous effectuez déjà des recherches sur des événements survenus durant le XXe siècle... Rejoignez-nous ! Nous recherchons particulièrement des correspondants dans l’Aveyron, Gers, les Landes, le Lot, le Lot-et-Garonne, l’Ariège, sans toutefois être exhaustifs (région Aquitain, Languedoc-roussillon, Midi-Pyrénées et Limousin). Abonnement offert à la revue pour tous les correspondants.
Les Tondues de 1944
1930 : l’inondation du siècle TARN & GARONNE - Dans la nuit du 3 au 4 mars 1930, le Tarn-et-Garonne est englouti par les eaux du Tarn, de l’Aveyron et de la Garonne LaDepeche.fr | 05 Mars 2003 | 00h00 En l’espace de deux (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia