Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) politique, c’est-à-dire l’expulsion de la dynastie et la restauration des libertés publiques, a résolu un problème spécifique d’importance capitale, personne n’en doute, mais n’a fait que poser et expliciter les autres problèmes qui doivent transformer de fond en comble l’État et la société espagnole. Ces problèmes, à mon modeste avis, sont principalement au nombre de trois : le problème des autonomies locales, le problème social sous sa forme la plus urgente et névralgique, et ce que nous appelons le problème religieux et qui passe forcément par l’implantation de la laïcité 1 de l’État avec toutes ses inévitables et rigoureuses conséquences. La République n’a inventé aucun de ces problèmes. La République a arraché les rideaux de l’ancienne Espagne officielle monarchique, simulant une vie dénuée d’existence et dissimulant la vie véritable ; derrière ces rideaux s’est opérée la transformation de la société espagnole, qui s’exprime aujourd’hui, grâce aux libertés républicaines, à la surprise de quelques-uns et à la contrariété d’un certain nombre, dans le cadre de ces Cortes, par le mandat qui leur est imparti et sur les sujets qui nous passionnent tous.

Chacune de ces questions, Messieurs les Députés, dépend d’une prémisse inéluctable, inscrite dans la conscience publique et c’est elle qui, en prenant ici forme et consistance parlementaire, fait naître le problème politique. Je laisse de côté les deux premières pour me référer à ce que l’on appelle le problème religieux. La prémisse de ce problème, devenu politique, je la formule de la façon suivante : l’Espagne a cessé d’être catholique ; le problème politique qui en découle est d’organiser l’État de façon adéquate à cette nouvelle phase historique du peuple espagnol. Pour moi, Messieurs les Députés, je ne peux admettre de dénommer cela le problème religieux. L’authentique problème religieux ne peut excéder les limites de la conscience personnelle, parce que c’est dans la conscience personnelle que le mystère de notre destin se pose et trouve réponse. Le problème qui se pose à nous, lui, est un problème politique, un problème pour la Constitution de l’État, et c’est précisément maintenant qu’il perd tout semblant de religion, de religiosité, parce que notre État, à la différence de l’État ancien, qui exerçait la tutelle des consciences et distribuait des moyens de conduire les âmes - fût-ce contre leur volonté - sur le chemin du salut, exclut toute préoccupation de l’au-delà et tout devoir de fidélité, et enlève à l’Église ce fameux bras séculier qui lui a rendu tant et tant de services. Il s’agit, simplement, d’organiser l’État espagnol à partir des prémisses que je viens d’établir.

Pour affirmer que l’Espagne a cessé d’être catholique, nous avons les mêmes raisons, je veux dire des raisons de même nature, que (...)



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