Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) cessé d’être catholique bien qu’il existe aujourd’hui de nombreux millions d’Espagnols catholiques, croyants. Et l’État espagnol, pas plus qu’aucun État du monde, pourrait-il dans son organisation et sa pensée se séparer, divorcer, le dos tourné, ennemi du sens général de la civilisation, de la situation de son peuple dans le moment présent ? Non, Messieurs les Députés. Dans cet ordre d’idée, l’État doit être conquis par le haut, surtout si nous admettons que la caractéristique de l’État, c’est la culture (comme l’indiquait il y a quelques jours mon éminent ami Zulueta dans son intéressant discours). Les chrétiens s’emparèrent de l’Empire romain quand, l’esprit originel du monde antique s’étant évanoui, l’État romain n’eut plus d’autre aliment spirituel que la foi chrétienne et les controverses de ses philosophes et de ses théologiens. Et cela se fit sans attendre que les millions de païens qui tardèrent des siècles à se convertir n’embrassent la nouvelle foi. Chrétien était déjà l’Empire romain, que le modeste laboureur hispano-romain de mon terroir sacrifiait encore aux dieux latins dans les lieux mêmes où se dressent aujourd’hui les chapelles dédiées aux Vierges et aux Christs. Cela veut dire que les sédiments se superposent avec le flot de l’histoire ; et qu’un sédiment tarde à disparaître et à s’enfouir alors déjà que s’est évanoui dans les cieux l’esprit religieux qui les a déposés. Voilà, Messieurs les Députés, les raisons qui sont les nôtres, ou tout au moins qui sont modestement les miennes, pour revendiquer le droit et pour collaborer à l’exigence historique de transformer l’État espagnol conformément à cette nouvelle modalité de l’esprit national. Et cela, nous le ferons avec franchise, avec loyauté, sans déclaration de guerre, mais au contraire comme une offre, comme une proposition de réaménagement de la paix. Ce dont je me garderai bien, c’est de considérer si cela convient mieux à l’Église que le régime antérieur. Cela lui convient-il ? Ou ne lui convient-il pas ? Je l’ignore ; au surplus, cela ne m’intéresse pas ; ce qui m’intéresse, à moi, c’est l’État souverain et législateur. Je me garderai aussi personnellement du ridicule de dire que notre attitude est plus conforme au véritable esprit de l’Évangile. L’usage le plus fallacieux que l’on peut faire de l’Évangile est de le citer comme un texte d’arguments politiques, et la déformation la plus monstrueuse de la figure de Jésus est de le présenter comme un propagandiste démocrate ou un lecteur de Michelet ou de Castelar 3, ou, pourquoi pas, comme un précurseur de la Loi agraire. Non. L’expérience chrétienne, Messieurs les Députés, est une chose terrible, qui ne peut se discuter que de façon sérieuse ; celui qui ne la connaît pas, qu’il laisse l’Évangile dans son armoire et qu’il ne le lise pas ; mais (...)


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