Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) Espagne. Je ne sais si je m’en souviens bien ; mais dans cette partie du discours de monsieur De los Ríos j’ai ressenti un flou, une indécision, presque un vide quant à l’avenir ; et ce flou, ce vide, cette indécision me remplissaient de crainte et de méfiance, parce que je vois ce vide être immédiatement rempli par le Concordat. Ce n’est pas que le ministre veuille le Concordat, aucun de nous n’en veut ; mais ce vide, cette situation sans perspective, quand rien ne se dessine au-delà, place un gouvernement républicain, celui-ci, ou tout autre, celui qui nous succèdera, dans l’obligation absolue de traiter avec l’Église de Rome - et cela, dans quelles conditions ? Dans des conditions d’infériorité : l’infériorité née de la nécessité politique et publique. À cela, messieurs, nous ne pouvons que nous opposer, à la recherche d’une solution qui, se fondant sur le principe de la séparation, laisse à l’État républicain, à l’État laïque, à l’État législateur, les moyens de n’ignorer ni l’action, ni les intentions, ni le gouvernement, ni la politique de l’Église de Rome ; pour moi, cela est fondamental. D’autres aspects de la question sont moins importants. Le budget du clergé est supprimé, c’est évident : et les modalités de cette suppression, je vous dirai franchement qu’elles ne m’intéressent pas, pas plus que monsieur le ministre de la Justice n’a de préférence pour l’une ou l’autre formule. Je crois l’avoir entendu dire, il me semble qu’il l’a dit publiquement : que ce soit de façon progressive, que ce soit en quatre ans, en réduisant chaque année ce budget de 25 pour cent, cela n’a aucune valeur décisive ; il est inutile d’insister. La question des biens est plus importante ; là-dessus, j’ai une opinion que je me permettrai de ne pas qualifier,parce que le qualificatif pourrait être peu parlementaire et me retomber dessus. La discussion porte ici sur la valeur, morale et juridique, que peuvent représenter les sommes versées par l’État à l’Église, faisant remonter la question jusqu’à l’époque de la vente des biens du clergé 5, pour savoir si les biens valent plus ou moins [de leur prix d’adjudication] (un député rappelait que l’Université d’Alcalá fut vendue 14 000 pesetas, soit 90 000 réaux, et elle ne valait pas davantage) ; ou si les sommes reçues depuis un siècle équivalent ou non au montant total de la valeur des biens vendus, et l’on fait des comptes comme s’il s’agissait de liquider une société en suspension de paiement ou en faillite. Je ne suis pas d’accord avec cela, que Mendizábal et ses collaborateurs l’aient dit ou non. Ce que la vente des biens du clergé - la desamortización - a représenté, c’est une révolution sociale : la bourgeoisie parvenue au pouvoir avec le régime parlementaire, maîtresse de l’outil législatif, a créé une classe sociale favorable au régime, (...)


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