Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) constituée d’elle-même et de ses alliés ; mais comme il ne s’agit pas d’un contrat juridique, ni de la prise de dépouilles, mais de l’oeuvre immense, en dehors des normes légales et sans possibilité de compensation, d’une révolution de caractère social, la bourgeoisie parlementaire, alors bien faible, créa alors les instruments et les soutiens nécessaires à l’État libéral naissant, comme doivent le faire tous les États quand ils se réforment si profondément, ne l’oublions pas.

On nous dit à présent : mais l’Église a le droit de revendiquer ces biens. Je ne le crois pas, mais la vérité, messieurs les Députés, c’est qu’elle les a déjà revendiqués. Pendant plus de trente ans, il n’y a pas eu d’ordres religieux en Espagne, fait important, parce que, de mon point de vue, ces années sans enseignement congréganiste préparèrent la possibilité de la révolution de 1868 et de celle de 18736. Mais les religieux sont revenus, avec le retour des ordres religieux ; ils ont trouvé leurs anciens biens aux mains d’autres propriétaires, et leur tactique a été claire : au lieu de se précipiter sur les biens, ils se sont précipités sur les consciences de leurs détenteurs et en devenant maîtres des consciences, ils ont les biens et leurs possesseurs. Voilà le secret, exprimé ainsi de façon pittoresque, de l’évolution de la classe moyenne espagnole au siècle passé ; la même classe sociale qui avait lancé une révolution libérale et parlementaire avec ses poussées de radicalisme et d’anticléricalisme, les petits-enfants des collaborateurs de Mendizábal et de ceux qui ont pris part aux ventes de 1836, sont peut-être les mêmes qui, après l’opération que je viens de décrire, ont introduit en Espagne la tyrannie, la dictature et le despotisme : voilà l’évolution qui résume l’histoire politique de notre pays durant le siècle passé. En réalité, la question brûlante, par le caractère dramatique qu’elle revêt, c’est celle des ordres religieux : un caractère bien naturel, parce qu’en parlant de l’Église, ou du budget du clergé, ou de Rome, nous parlons de réalités très lointaines qui ne prennent pour nous ni forme ni visibilité humaine ; mais les religieux, les ordres religieux, si. Dans cette affaire, messieurs les Députés, il y a un drame immense, passionné, insoluble. Nous avons, d’un côté, l’obligation de respecter la liberté de conscience, sans en excepter naturellement la liberté de la conscience chrétienne ; mais nous avons aussi, d’autre part, le devoir de sauvegarder la République et l’État. Ces deux principes se heurtent, d’où le drame qui, comme tous les vrais et grands drames, n’a pas de solution. Qu’allons-nous donc faire ? Allons-nous perpétuer l’ancien système - bien sûr que non, c’est une supposition absurde - qui consistait à supprimer l’un des termes du dilemme, la sécurité et l’indépendance de (...)



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