Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) l’État, et laisser le champ libre à la foule des ordres religieux pour qu’ils puissent envahir la société espagnole ? Non. Mais je pose la question : est-il intelligent, est-il utile, par une réaction explicable et naturelle, de supprimer au contraire l’autre terme du problème et d’effacer toutes les obligations que nous avons envers cette liberté de conscience ? Je réponds résolument que non. Ce qu’il faut faire - et c’est chose difficile, mais ce sont les choses difficiles qui doivent nous stimuler -, ce qu’il faut faire, c’est adopter une position qui domine les deux principes opposés, et qui pour nous, laïques, serviteurs de l’État et hommes politiques chargés du gouvernement de l’État, ne peut être que le principe de la santé de l’État.

La santé de l’État, de mon point de vue, est quelque chose d’hypothétique, une supposition, à l’image de la santé personnelle ; la santé de l’État, comme celle des personnes, consiste à jouir de la robustesse suffisante pour pouvoir supporter les ennuis, les misères inhérents à notre nature humaine. Dans un tel État, il existe des corruptions, des abus, des manquements à la bonne administration et à la bonne justice ; des maladresses de gouvernement qui restent inaperçues quand l’État est puissant, solide et bien établi, mais qui auraient immédiatement raison d’un autre État plus récent, plus faible, moins établi. Il s’agit par conséquent d’adapter le régime de santé de l’État à la situation actuelle de l’État espagnol.

Le critère pour résoudre cette question ? À mon modeste avis, c’est le suivant : traiter inégalement les inégalités ; à l’égard des ordres religieux nous ne pouvons pas retenir un principe éternel de justice, mais un principe d’utilité sociale et de défense de la République. Il n’a pas ni ne peut avoir de rigueur mathématique ; mais par bonheur toutes les questions de gouvernement ne sont pas soumises à cette rigueur, mais dépendent de l’agilité d’esprit et de l’habileté d’exécution pour administrer la réalité actuelle. Traiter inégalement les inégalités, parce que sans avoir un principe éternel de justice irrévocable à opposer aux ordres religieux, nous devons arrêter notre campagne de réforme de l’organisation religieuse espagnole là où notre intervention chirurgicale serait nuisible ou dangereuse. Pensez, messieurs les Députés, que nous allons accomplir une opération chirurgicale sur un malade qui n’est pas anesthésié et qui, en se débattant sous la douleur, peut compliquer l’opération avec un risque mortel ; je ne sais pour qui, mais un risque mortel pour l’un ou l’autre. Et comme nous n’avons pas à l’égard des ordres religieux ce principe éternel de justice à l’abri duquel nous serions comme hypnotisés sans jamais rectifier notre ligne de conduite, comme nous nous confions à la prudence, à l’habileté du gouvernant, (...)



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