Arkheia, revue d'histoire

L’Espagne a cessé d’être catholique

Par Manuel Azaña, traduction Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série

(...) j’affirme : nous devons proscrire les ordres religieux en fonction de leur dangerosité pour la République. La rigueur de la loi doit-elle être proportionnée à la dangerosité - disons-le ainsi, je ne sais même pas si c’est un terme castillan - de chacun de ces ordres, pris un par un ? Non, ce n’est pas nécessaire. C’est pourquoi la rédaction de cet avis me paraît correcte, quand il commence par parler d’un ordre qu’il ne nomme pas : « Dissolution des ordres qui, en plus des trois voeux canoniques, font un autre voeu spécial d’obéissance à une autorité différente de l’autorité légitime de l’État ». Ceux là, ce sont les jésuites. Mais j’y ajoute une observation qui, je l’avoue, ne m’était pas venue à l’esprit : c’est un éminent collègue qui vient de me la suggérer. Le texte de l’avis dit : « Les ordres religieux seront soumis à une loi particulière conforme aux principes suivants ». C’est-à-dire que la dissolution définitive, irrévocable, formulée dans le premier paragraphe, est suspendue aux dispositions d’une loi particulière à venir - ce qui ne me semble pas bien ; je crois que cette disposition doit être prononcée dans la Constitution même, non seulement parce qu’il est franc, loyal et noble de le dire puisque nous pensons le faire, mais parce que, si nous ne le faisons pas, il se pourrait que nous ne puissions le faire demain. Car si dans la Constitution nous confions la charge au futur législateur, que vous pourriez être vous-mêmes, de faire une loi conforme à ces principes, mesurez bien ce que cela signifie de laisser pendre une telle épée sur une institution aussi puissante [que l’Église], qui fera tout son possible pour que ces Cortes ne puissent plus élaborer de loi. Par conséquent, j’estime qu’il faudrait introduire dans la rédaction actuelle de l’avis une modification faisant que ce premier paragraphe ne soit pas suspendu à une loi future, mais ait force catégorique et exécutoire.

Notes
- 1. Le terme laicismo, utilisé par Azaña, n’a pas en espagnol le sens idéologique et anti-religieux donné au mot laïcisme, d’ailleurs peu usité en français.
- 2. Allusion au Basque espagnol Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur en 1540 de la Compagnie de Jésus.
- 3. Emilio Castelar (1832-1899), s’affirmant à la fois catholique et républicain, fameux orateur parlementaire, fut un éphémère président de la Première République,
- 4. Professeur de Droit, le socialiste Fernando De los Ríos était ministre de la Justice.
- 5. Il s’agit de la desamortización, vente des biens immobiliers de « mainmorte » (c’est-à-dire soustraits au marché) du clergé, décidée en 1836 sur proposition du ministre Álvarez Mendizábal.
- 6. La première, la « glorieuse révolution », avait renversé la reine Isabelle II et appelé un roi constitutionnel, Amédée de Savoie. Après l’abdication de celui-ci, la révolution de 1873 (...)



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