Arkheia, revue d'histoire

L’accueil des républicains espagnols dans les Hautes-Pyrénées (1938-1939)

Par José Cubero
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27

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Dès le 18 juillet 1936, la guerre d’Espagne, déclenchée par le soulèvement militaire dirigé par le général Franco, fait rage outre Pyrénées. Dès les premières semaines du conflit, à partir du Pays Basque, puis en 1937, à partir des Asturies, des dizaines de milliers de réfugiés fuient les combats et la répression.

Au printemps 1938, les nationalistes prennent l’avantage et mènent une offensive vers le Haut Aragon et la Catalogne. Près de 25 000 nouveaux réfugiés, entre les mois de mars et de juin, traversent alors les Pyrénées par le val d’Aran vers Luchon, par le col du Plan vers la vallée d’Aure. Mais nombre d’entre eux reviennent en Espagne, les civils, souvent vers les villages qu’ils ont abandonnés, les militaires, très majoritairement dans l’Espagne républicaine afin de poursuivre la lutte. Si bien qu’à la fin de l’année 1938, le nombre total de réfugiés demeurés sur le territoire français est d’environ 40 000. Avant que l’énorme vague de la retirada ne jette sur les routes autour de 500 000 personnes qui, entre le 27 janvier et le 12 février 1939, trouvent refuge en France

1938 : une solidarité effective

Au cours du printemps 1938, à partir du mois de mars, les premiers réfugiés civils venant de la vallée du Cinca arrivent en vallée d’Aure. Par des sentiers encore redoutablement enneigés, ils ont franchi le col du Plan ou le Port Vieux.

Des solidarités croisées

Du côté français, une réelle solidarité multiforme s’organise à l’initiative de l’Union départementale de la CGT qui applique une « non-intervention relâchée ». Un « Comité de parrainage » de la 43e division et de la population de la vallée du Cinca est alors créé, constitué de multiples associations. Siégeant à la Bourse du Travail de Tarbes, il est placé sous la présidence d’honneur de Gaston Manent, député radical-socialiste des Hautes-Pyrénées, assisté de vingt personnalités de divers partis et groupements de gauche1. Parmi elles, on relève Léon Lartet, président du Conseil général, Pierre Mailhe et René Billères, tous trois radicaux, Alfred Nigou, maire communiste de Soues, ou encore Georges Tannesse, professeur de philosophie au lycée Théophile-Gautier et socialiste. Gustave Hourquet, dirigeant de l’Union départementale de la CGT en assure le secrétariat2. Le Comité rassemble des fonds et apporte une aide aux réfugiés de plus en plus nombreux à partir du mois d’avril. Dès le 25, grâce aux collectes permanentes qui produisent environ 2 000 francs par jour, somme de conséquence, des convois constitués de mulets chargés de farine et de médicaments franchissent quotidiennement la frontière pour ravitailler les populations de Bielsa et de Gistain. Au fil des jours, ils prennent de l’ampleur3, rassemblant 150 à 200 mulets porteurs de denrées alimentaires destinées aux populations de la poche de Bielsa, mais aussi à la (...)


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