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L’alliance entre l’Allemagne nazie et l’URSS stalinienne : 70 ans après

Par Gilbert Beaubatie
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale

(...) direction, réclame l’ouverture de pourparlers de paix avec Hitler avant de se réfugier en Belgique, le député Paul Loubradou prend, le 30 août, « la grave détermination de démissionner du parti communiste français, parce que les dirigeants de ce parti ont approuvé avec une incroyable légèreté de ton et de fond un acte (qu’il) réprouve de toutes (ses) forces ! ». Le 20 février 1940, au Palais-Bourbon, il prononce un discours dans lequel il exprime son écoeurement : « On ne dit plus : l’Allemagne hitlérienne mais l’Allemagne tout court ; on ne dit plus la démocratie française, mais la France impérialiste ! On expurge la littérature communiste des vocables anti-hitlériens, désormais sacrilèges ! Silence autour d’Hitler ! L’allié de Staline serait-il devenu, lui aussi, par endosmose, un libérateur de peuples ? Messieurs, nous sommes des renégats parce que ces renversements à 180 degrés dépassent notre entendement ! Quoi ! La défense des libertés républicaines, la lutte contre l’hitlérisme fauteur de servitude et de guerre, le front de la paix, le front des Français, la France de Jeanne d’Arc, des encyclopédistes, de Valmy, La Marseillaise, tout cela n’était que pièges stratégiques ou masques de carbonari ? » (4).

Le parti communiste français a été dissous par le gouvernement Daladier le 26 septembre. Devenu clandestin, il obéit aux directives de Moscou et tient « un discours pacifiste à tonalité épisodiquement défaitiste » (5). Jacques Duclos, de retour à Paris le 15 juin 1940, un jour après l’entrée des troupes allemandes, multiplie les démarches auprès de la Propaganstaffel (service allemand de censure) pour obtenir la légalisation de L’Humanité. Le 18 juin 1940, jour où, au micro de la BBC, le général de Gaulle assure que la défaite n’est pas « définitive » et que la guerre « n’est pas tranchée par la bataille de France ». Jacques Duclos va jusqu’à écrire, le 30 juin, que la signature « d’un pacte d’amitié (de la France) avec l’URSS (…) compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne ».

Sur ordre de Staline, les négociations sont finalement interrompues, mais, comme le fait observer Stéphane Courtois, le mal était fait : « En croyant pouvoir compter sur la bienveillance nazie, Duclos a découvert l’appareil du parti » et « le malheureux Guy Môquet », comme tant d’autres militants a été arrêté « alors qu’il diffusait une propagande appelant plus à la révolution contre le capitalisme qu’à la lutte contre l’occupant ».

La fin du cynisme

La défaite inattendue et si rapide de l’armée française, réputée la meilleure du monde, est venue saper la stratégie stalinienne. La menace d’être à son tour attaqué par l’ogre nazi oblige Staline à promouvoir une politique de « front national ». Mais il (...)



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