Arkheia, revue d'histoire

L’antisémitisme dans les trois grands quotidiens de la presse bordelaise sous l’Occupation

Par Patrice Lussac
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Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Patrice Lussac, étudiant en DEA d’Histoire contemporaine à l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux III. Titulaire d’une maîtrise qui s’intitule : « La vision des juifs à travers les grands quotidiens de la presse bordelaise sous l’Occupation ».

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La cuisante défaite militaire que venait de subir la France, la plongeait dans cinq années d’occupation nazie. Les clauses de l’armistice prévoyaient le découpage du pays en deux zones : une « dite » libre et une occupée, dont Bordeaux faisait partie. L’Occupation signifiait pour les 300.000 juifs français des conditions de vies extrêmement dures, qui allaient évoluer, au fur et à mesure que le conflit avançait, dans une lutte pour échapper aux rafles. Bordeaux fut qualifiée pendant cette période de : « Bordeaux la collabo ».

L’occupation allemande signifiait aussi pour tous les journaux la perte de liberté qu’ils possédaient avant, pour laisser place à une propagande dictée par les différents services nazis. L’année 1940 fut une période de véritable crise pour la presse française. Ainsi, de nombreux journaux disparurent lors de la signature de l’armistice. Ceux qui avaient décidé de continuer leur pagination, devaient subir les règles de la censure. La plupart des journaux ne pouvaient pas publier leurs éditions dans la zone qui n’était pas la leur. Les trois plus grands quotidiens de Bordeaux ont décidé de continuer leur parution. Il s’agit : La Petite Gironde, La France de Bordeaux et du Sud-Ouest et La Liberté du Sud-Ouest. La Petite Gironde était par ailleurs le deuxième plus grand quotidien régional de France. Ces journaux étaient représentatifs de plusieurs courant idéologiques et politiques. La Liberté du Sud-Ouest, qui était de tendance cléricale, était marqué à droite. La Petite Gironde avait une position plutôt centriste, alors que La France de bordeaux et du Sud-Ouest était marquée à gauche. Or, en continuant leurs activités ces journaux se plaçaient sous le contrôle des Allemands. Ces derniers disposaient de plusieurs moyens pour diriger la presse. La Propaganda Abteilung était le service le plus actif. Il était régionalisé en Propaganda Staffel, dont celui de Bordeaux faisait parti et qui était installé 55 rue judaïque. L’ambassade d’Allemagne, dirigée par Otto Abetz, possédait elle aussi son propre service de propagande et de contrôle. Les trois quotidiens bordelais devaient par conséquent suivre les directives allemandes, sinon ils s’exposaient à des représailles qui se traduisaient par une suspension, voire par l’interdiction définitive. L’antisémitisme est d’emblée apparu nécessaire aux troupes d’occupation ainsi qu’au gouvernement de Vichy, ce qui explique sa présence dans les différents journaux durant toute cette période. Les articles antisémites ne provenaient pas uniquement des Allemands, ils pouvaient aussi être émis par le nouveau gouvernement français. Une des premières loi du nouveau gouvernement de Vichy, datée du 27 août 1940, a été celle qui supprimait le décret Marchandeau, entré en vigueur en 1939 et qui interdisait à la presse de tenir des propos racistes et injurieux (...)


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