Arkheia, revue d'histoire

L’antisémitisme dans les trois grands quotidiens de la presse bordelaise sous l’Occupation

Par Patrice Lussac
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Article publié dans
Arkheia n°5-6
Auteur : Patrice Lussac, étudiant en DEA d’Histoire contemporaine à l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux III. Titulaire d’une maîtrise qui s’intitule : « La vision des juifs à travers les grands quotidiens de la presse bordelaise sous l’Occupation ».

(...) envers les minorités comme les juifs. Les journaux disposaient ainsi d’une liberté de ton qu’ils n’ont utilisé que tardivement. Dans un premier temps, ils retranscrivaient les nouvelles lois qui rentraient en vigueurs contre la population juive. Ainsi, la loi sur la révision des naturalisations, a été largement présente dans la presse bordelaise. Le Statut juif du 3 octobre 1940 a lui aussi été mentionné dans de nombreux articles. Durant l’année 1940, la plupart des articles concernant les juifs étaient en rapport avec une mesure prise à leur encontre soit par Vichy soit par les Allemands ( premières ordonnances datées du 27 septembre et du 18 octobre). Ces articles étaient généralement émis par les agences de presse françaises ou allemandes. Elles ont d’ailleurs joué un rôle prépondérant dans la diffusion et le contrôle de l’information. Elles permettaient à ceux qui les dirigeaient de véhiculer la propagande désirée. Elles entraient dans un plan global de contrôle de l’information, d’autant que les journaux devaient impérativement utiliser les articles qu’elles leurs envoyaient. Les agences OFI, AFIP, DNB et Transocéan détenaient le monopole de l’information. L’AFIP est née pour remplacer l’ancienne branche d’informations de l’agence Havas. Elle est de suite passée sous le contrôle des services de propagande allemands. L’OFI a été crée après l’armistice et dépendait directement du gouvernement de Vichy. Elles envoyaient aux différents journaux des articles concernant les lois anti-juives ou bien concernant des affaires illicites impliquant un ou plusieurs israélites. Ces affaires étaient généralement des affaires de marché noir ou des actes de résistance. La législation antisémite était largement décrite dans les journaux bordelais, que ce soit celle des autorités d’occupation ou bien celle de Vichy qui s’appliquait généralement dans les zones avec notamment les deux statuts. Jusqu’en 1942 les agences de presse fournissent la plupart des articles antisémites. Il en résulte ainsi la présence deux antisémitismes distincts : l’un provenant de l’idéologie nazie, qui se basait sur la race et la biologie. L’autre était un mélange des différentes idées énoncées par l’Action Française de Charles Maurras et était répandu dans les cercles dirigeants de Vichy ( Alibert, le garde des sceaux et instigateur du premier statut juif en est l’exemple). La propagande se montre donc très active, arborant un nouveau concept : la suggestion. Ces nombreux articles ont, en effet, un ton froid et austère mais qui ne berce pas dans un antisémitisme ardant. Ils étaient quasiment toujours placés en première page avec un titre en caractères gras, de manière à être mis en exergue. Il en résultait un portrait moral des juifs qui leur était défavorable. La propagande, est dans ce cas précis, suggestive, les propos tenus mettent en valeur (...)


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