Arkheia, revue d'histoire

L’assassinat de Maurice Sarraut. Lectures d’un crime politique

Par Félix Torres
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Félix Torres est un ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, agrégé d’histoire. Il est notamment l’auteur de La Dépêche du Midi. Histoire d’un journal en République 1870-2000, (Hachette Littératures, 2002.)

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Qui se souvient aujourd’hui de l’assassinat, par une froide soirée de décembre 1943, de Maurice Sarraut, directeur de la Dépêche et patron du radicalisme méridional ? Ce meurtre commis par un tueur de la LVF encadré par la Milice a été éclipsé par les conditions de parution de la Dépêche entre 1940 et 1944, puis par sa renaissance en 1947 sous le nom de la Dépêche du Midi. Ce n’est pas le destin du journal de Toulouse qui se jouait ce soir-là mais un événement d’une tout autre ampleur, un projet politique original que ne partageaient ni le régime de Vichy, ni la Résistance, intérieure ou extérieure, à savoir le rétablissement de la IIIe République. Voilà sans doute pourquoi le forfait du 2 décembre 1943 ne s’est guère inscrit dans la mémoire collective nationale.

Le crime politique n’est guère une tradition française. Certes, des assassinats de Henri III et Henri IV à l’exécution publique de Louis XVI, la France compte maints régicides. On trouve encore l’écho de ceux-ci dans l’exécution du duc d’Enghien par Napoléon Bonaparte et de l’assassinat du duc de Berry par Louvel, deux « fautes » diraient Chateaubriand qui sont aussi des gestes politiques, à savoir la volonté de briser la chaîne de l’Ancien régime. Cette veine se tarit dès s’affirme le suffrage censitaire ou universel, avec la représentation parlementaire qui en découle. Même s’il faudra compter avec les attentats anarchistes de la fin du XIXe siècle et les tentatives d’assassinat du général de Gaulle au moment de la guerre d’Algérie. Une période déroge à la règle, celle du régime Vichy, qui voit se multiplier les assassinats et exécutions sommaires d’hommes politiques. C’est notamment le cas en 1944 : assassinats parmi d’autres de Georges Mandel, Jean Zay ou de Victor Basch par la Milice, exécutions de Philippe Henriot, d’Albert Chichery ou à Alger de Pierre Pucheu. Anatole de Monzie n’a pas tout à fait tort quand il évoque, dans ces « opérations de série », un « banditisme politique […] inédit dans notre histoire » . Deux assassinats politiques majeurs ont eu lieu lors des années précédentes, celui de Darlan à Alger le 24 décembre 1942, celui de Maurice Sarraut, le patron de la Dépêche à Toulouse, le 2 décembre 1943. Si ces deux crimes font alors grand bruit, leur destinée posthume apparaît fort différente. La mort du grand Amiral et les péripéties des années algéroises de 1942-1943 ont suscité une littérature considérable, sans cesse enrichie, où se croisent, à un moment charnière du second conflit mondial, ambitions françaises et grandes manœuvres internationales. Le second va perdre rapidement son caractère national pour devenir un simple épisode régional, promis, hors quelques allusions dans les histoires de Vichy, à l’indifférence de l’oubli. A la seule exception de la Dépêche, le journal de Maurice Sarraut, devenue du Midi (...)


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