Arkheia, revue d'histoire

L’assassinat de Maurice Sarraut. Lectures d’un crime politique

Par Félix Torres
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Félix Torres est un ancien élève de l’ENS de Saint-Cloud, agrégé d’histoire. Il est notamment l’auteur de La Dépêche du Midi. Histoire d’un journal en République 1870-2000, (Hachette Littératures, 2002.)

(...) bouger. Touché par les balles blindées qui traversent le véhicule, il s’effondre. Deux projectiles atteignent la tempe et la mâchoire, traversant le crâne de part en part. Quatre autres balles frappent son thorax. Portola n’est que blessé même s’il gardera toute sa vie les séquelles de l’attentat. Deux balles traversent son mollet droit et une autre lui érafle l’épaule gauche. Alerté par le crépitement des rafales de mitraillette, Albert Sarraut, cadet de Maurice, qui se trouve au premier étage de la maison, en compagnie du préfet Larquet, se porte aussitôt au secours de son frère : « Le pouls battait encore, mais il ne prononça pas un mot ; son visage, atteint à la mâchoire, à la tempe, ruisselait de sang. Je l’emportais dans mes bras, je buvais son sang sur sa joue. » Maurice Sarraut expire dans les bras de son frère, sans avoir repris connaissance. Le docteur Ducuing, appelé tout de suite, ne peut que constater sa mort. Sur le lieu de l’attentat, les policiers relèveront une vingtaine de douilles de 9 mm. L’assassin a vidé son chargeur sur la voiture. Ce serait au cours d’une réunion tenue à l’hôtel Lutétia, siège de l’Abwher, à laquelle ont participé Joseph Darnand, le chef de la Milice Fernand de Brinon, président de la LVF, plusieurs dirigeants des partis collaborationnistes et des responsables allemands, que le sort de Maurice Sarraut aurait été scellé . Il semble plus probable que la décision du crime a été prise par les mêmes participants au siège de la LVF, rue de Tilsitt . Plusieurs raisons convergent pour désigner Maurice Sarraut, qui subit depuis 1940 les avanies du régime de Vichy, pour qui il incarne, avec son journal la Dépêche, cette « démocrassouille » (le mot est de Pierre Pucheu) laïcarde et franc-maçonne qui serait à l’origine des malheurs de la France. L’homme de presse radical est aussi en butte, depuis l’occupation de la zone sud en novembre 1942, à la méfiance et à l’hostilité de l’occupant allemand, qui voit en lui « le représentant de la maçonnerie internationale » travaillant en faveur « du clan [des hommes politiques] américanophile[s] » se trouvant à Alger. Le 8 janvier 1943 au matin, Maurice Sarraut, âgé de 74 ans, a été arrêté avec brutalité, avant d’être relâché le lendemain et de subir une garde à vue à son domicile pendant une semaine. Selon la thèse avancée par le commissaire du gouvernement, M. Pech, lors du procès des assassins à la Libération, l’idée du crime proviendrait de Fernand de Brinon (pour des raisons politiques analysées plus loin) et de Darnand, désireux de venger les miliciens exécutés par la Résistance par l’élimination d’une personnalité représentative du régime républicain. Le 28 novembre 1943, ce dernier déclare au Palais des fêtes de Nice, devant près de 1 200 miliciens et sympathisants : « Je ne peux plus vous sacrifier en vain, j’ai décidé de (...)


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