Arkheia, revue d'histoire

L’engagement des intellectuels

Par Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azana 2 / hors série
Jean-Pierre Amalric président de l’association "Présence de Manuel Azaña" et professeur émérite de l’univeristé Toulouse-Le Mirail

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En s’affirmant soudain, avec la proclamationde la IIe République, comme l’un des principaux acteurs du combat politique, l’homme de culture et d’écriture que fut longtemps Manuel Azaña a-t-il connu un parcours aussi exceptionnel qu’il y paraît ? Loin de là, si on le replace parmi ses contemporains. Bon connaisseur de la « République des intellectuels », Paul Aubert a fait ressortir l’originalité « d’un pays où les intellectuels assument un engagement politique, au point de constituer la principale opposition au régime de la Restauration (institué en 1875) et de s’identifier à la Deuxième République ». Leurs idéologies peuvent diverger, comme leurs engagements et leurs destins respectifs, mais ils partagent la même ambition d’agir, la même conscience de leur responsabilité, la même tentation de descendre en el ruedo, dans l’arène du combat politique. L’origine de cette attitude commune remonte aux dernières années du XIXe siècle - ce qui n’exclut pas qu’elle se soit manifestée antérieurement chez certains. Elle caractérise en effet tous ceux que l’histoire a réunis depuis longtemps dans la « génération de 1898 », terme que l’on doit à l’un de ses représentants, le critique et essayiste Azorín (dans un texte de 1913), pour désigner un groupe d’écrivains qui ont connu la célébrité à la même époque et ont donné à la culture espagnole un éclat qu’elle n’avait pas connu depuis la fin du Siècle d’or, au XVII e siècle. On y trouve à ses côtés des romanciers comme Pío Baroja, des historiens et philologues, bientôt rejoints par le poète Antonio Machado, et un homme dont l’oeuvre touche à tous ces genres, Miguel de Unamuno. Ce groupe pourrait prendre pour devise la célèbre exclamation de ce dernier :« Me duele España, l’Espagne mefait mal ». Même si elle compte une majorité d’écrivains, il ne s’agit pas d’une école littéraire : les sensibilités et les formes d’expression les séparent plus qu’elles ne les réunissent. Il suffit d’observer les controverses qui les voient s’affronter, dans leurs ouvrages et plus encore dans les colonnes des journaux, à une époque marquée par un essor extraordinaire de la presse. Alors, en dehors d’une simultanéité de leur notoriété, d’ailleurs très relative, en quoi ce moment de la vie intellectuelle reste-t-il un temps fort, comme un point de départ des élans et des désillusions qui marqueront la première moitié duXX e siècle ? Il suffit pour le comprendre d’écouter le témoignage d’Azaña lui-même, aux deux moments qui encadrent la période de sa vie consacrée à l’action politique. En 1923, quand la dictature du général Primo de Rivera a porté le coup de grâce à la monarchie constitutionnelle instaurée en 1875, il annonce ainsi le projet qui va être le sien : « dans le domaine politique, il faut ommencer à réaliser l’équivalent de l’oeuvre de la (...)

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