Arkheia, revue d'histoire

L’engagement des intellectuels

Par Jean-Pierre Amalric
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Article publié dans
Azana 2 / hors série
Jean-Pierre Amalric président de l’association "Présence de Manuel Azaña" et professeur émérite de l’univeristé Toulouse-Le Mirail

(...) génération littéraire de 1898 2 ». De même, au terme de son action politique, dans le discours du 18 juillet 1938 qui est comme un testament public, il rappelle comment les hommes de sa génération, encore adolescents, ont tous subi « l’impression du désastre de 1898, cette marque terrible qui a dominé toute notre vie publique de plusieurs façons ». En effet, certes de façon diverse, ils ont tous réagi fortement au choc collectif, au « désastre » qu’a été pour l’Espagne sa défaite humiliante face aux États-Unis, se soldant par la perte des dernières parcelles d’un empire colonial sur lequel, jadis, le soleil ne se couchait jamais : les Philippines, Porto-Rico, et surtout l’île de Cuba, dont l’indépendance était reconnue après une longue guerre. Pour l’opinion espagnole, entretenue au XIX e siècle dans les images d’un passé glorieux, ce fut une sorte de séisme moral - la prise de conscience soudaine d’un déclin séculaire continu. D’une manière ou d’une autre, l’écho de ce sentiment de décadence irrémédiable résonnera dans l’ensemble des oeuvres de ces auteurs quand sera venu pour eux l’âge de l’écriture et de l’engagement. L’accueil du public montre qu’il étaitlargement partagé dans l’opinion plus ou moins cultivée de l’époque. D’ailleurs, ce serait une erreur de limiter cette « génération » au domaine littéraire. Certains de ses représentants ne se piquent pas de style et ne sont soucieux que d’efficacité. C’est le cas de l’Aragonais Joaquín Costa, qui se définit lui-même sans aucun complexe comme polygraphe, selon un terme devenu désuet, qui n’a alors aucune valeur péjorative. Dans son oeuvre surabondante, on trouve ce que nous appellerions des rapports, des dossiers d’enquêtes, des manifestes, des articles de presse, sans oublier les discours qui ont fait sa gloire de tribun… Et il ne faut pas oublier la proximité de scientifiques de renom, dont certains prestigieux, comme le biologiste Ramón y Cajal, prix Nobel de Médecine. Ce qui les réunit malgré leurs divergences, c’est qu’ils se croient investis d’une mission d’intérêt collectif, qui ne consiste pas seulement à dénoncer les tares du système social et politique, mais à contribuer à les corriger. À leur manière, leur attitude n’est pas éloignée de celle de leurs contemporains français qui à la même époque s’engagent dans l’affaire Dreyfus, comme Émile Zola, Anatole France, Charles Péguy, Jean Jaurès… Et en effet ils se sentent aussi tenus, chacun à sa manière, de relever le défi de la régénération de l’Espagne, selon le terme qui revient à tout propos sous leur plume. Encore faut-il qu’ils aient les moyens de se faire entendre : des lieux, des institutions déjà en place, dont ils sauront se saisir pour assurer leurs convictions et faire entendre leur voix. L’affirmation soudaine de la « génération de 1898 », qui a (...)


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