Arkheia, revue d'histoire

L’épuration en Dordogne selon Doublemètre de J.-J. Gillot et J. Lagrange

Par Guy Penaud
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Guy Penaud est ancien commissaire de police, il est l’auteur de nombreux ouvrages d’histoire sur le Périgord dont L’Histoire secrète de la Résistance dans le Sud-Ouest, (Editions Sud-Ouest, 2006.)

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Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange, L’Epuration en Dordogne selon Doublemètre, Pilote 24 Edition, 208 pages, 23 €.

Depuis une vingtaine d’années de nombreux ouvrages de qualité inégale ont été publiés en Périgord sur la période 1939-1945. Ils ont été le fruit soit de recherches d’historiens soit de témoignages de résistants. Pratiquement tous ont traité des heures glorieuses des combattants de l’ombre ou des terribles actions répressives des services d’ordre de Vichy ou des troupes allemandes. C’est la première fois que deux auteurs, l’éditeur-historien Jacques Lagrange et le doctorant d’histoire contemporaine, Jean-Jacques Gillot, se sont sérieusement penché sur un sujet délicat : l’épuration. A vrai dire, ces deux auteurs n’ont pas abordé cette question dans sa globalité, mais ils ont essayé d’évoquer cette période en cernant la personnalité d’un homme hors du commun : le fameux Doublemètre. Tous ceux qui ont vécu ou étudié la Résistance en Périgord ont entendu parler de ce personnage, venu de nulle part et qui fit carrière dans les Arts à Paris après la Libération. Jean-Jacques Gillot, dans le cadre de ses recherches sur l’histoire du parti communiste en Dordogne de 1936 à 1958, a été amené à consulter de nombreuses archives inédites ou à rencontrer des témoins ou des acteurs de cette période. C’est ainsi qu’il s’est tout naturellement intéressé à André Urban, alias Doublemètre (en effet, il était grand de taille !), yougoslave selon les uns, russe selon lui-même, avocat et publicitaire à Paris avant-guerre, venu se réfugier en avril 1941 en Périgord, puis engagé clandestinement dans la Résistance. Nommé officier FTPF, ayant participé, à partir de juin 1944, à quelques actions contre l’ennemi, il joua, dans les jours qui suivirent la Libération un rôle important et ambigu lors de l’épuration, à la tête du Service d’ordre patriotique, d’obédience communiste. Après s’être fait remarquer par ses excès, il servit un temps dans l’armée puis gagna Paris, où il fit fortune en ouvrant une célèbre galerie d’art.

Les deux auteurs ont mené, selon leurs dires, " une fabuleuse enquête " et ont rassemblé une documentation importante. Il convient de saluer comme il se doit ce travail de collation, effectué par Jean-Jacques Gillot en particulier par la consultation d’archives jusqu’alors inédites, dont celles de la police conservées par le Centre des Archives Contemporaines de Fontainebleau. De ce point de vue, le travail d’investigation est remarquable et la masse des documents rassemblés impressionnante.

Il lui restait néanmoins à traduire avec l’aide de Jacques Lagrange une atmosphère que l’on sait délicate à retracer, à lier entre eux les événements d’une époque plus que troublée et à retracer aussi rigoureusement que possible la vie d’un homme complexe, secret et (...)


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