Arkheia, revue d'histoire

L’exil de Stanley Hoffmann, témoignage

Par Stanley Hoffmann
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : Professeur de sciences politiques à l’Harvard University, directeur du Center for European Studies. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont marqué l’historiiographie à l’instar de Le mouvement Poujade (1956), Sur la France (1979), L’Amérique vraiment impériale (2003). Il nous livre ici son témoignage inédit.
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(...) tout se passait dans une sorte de bonne humeur un peu triste, dans une dignité faite de compassion et de pudeur, dans un climat de solidarité dans l’épreuve que les restrictions et les divisions passionnées à venir n’avaient point encore gâché. On ne prête pas toujours aux Français en général et aux méridionaux en particulier un sens très développé de la discipline et de l’organisation spontanée. Et pourtant, pendant cet été étrange où des peuples entiers eurent le sentiment que l’histoire leur était tombée sur la tête, et où un "nouveau régime" archaïsant composé d’élites en quête de revanche politique cherchait à provoquer la contrition des sujets de l’élimination des boucs émissaires de la défaite, Lamalou fut de ces lieux simples mais exemplaires qui permirent plus tard à Camus d’écrire qu’il y a chez les hommes plus de choses à admirer qu’à déplorer.

Ma mère et moi - comme en 1939, mais cette fois-ci après plus de trois mois dans le village - finîment par retourner à Nice (mais ceci est une autre histoire). En décembre 1943, après trois mois de terreur sous les Nazis, nous prîmes, dans le noir, le train vers Lamalou. Nous ne savions pas ce que nous y trouverions (par exemple, 1000 soldats allemands à peine plus âgés que moi, occupant à peu près tous les hôtels et pensions) ; mais nous pensions instinctivement que nous y serions saufs. Une fois encore, les habitants de Lamalou furent à la hauteur. La population française et les occupants allemands ne se parlaient pas : Lamalou pratiqua spontanément "le silence de la mer". Chaque fois que les occupants réquisitionnèrent la chambre où nous étions, les "indigènes" nous relogèrent ; les jeunes étaient dans le maquis (c’est à dire les Cévennes toutes proches), les autres faisaient contre mauvaise fortune (et quasi-famine) bon coeur, avec un mélange de courage tranquille et de bon sens solide qui n’était sans doute pas héroïque, mais réchauffant, rassurant, et généreux. Quant à moi, je dois aux événements de 1939-45, et tout particulièrement à l’été 1940, à la fois un sens aigu du tragique de nos pauvres vies, et une confiance tenace en la possibilité du bien.

POUR LIRE LA SUITE DE CETTE CONTRIBUTION, vous pouvez commander l’ouvrage 1940, La France du repli dans la rubrique kiosque. 

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