Arkheia, revue d'histoire

Le camp de Gurs (îlot B et D) : prison militaire de Paris repliée

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Arkheia n°21

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Édifié au printemps 1939, le camp de Gurs est d’abord qualifié de centre d’accueil des réfugiés espagnols. Le site est immense. Il couvre 80 hectares avec un périmètre de 4,5 kilomètres environ. Il présente la forme d’un rectangle de 1800 mètres de long sur 450 mètres de large, ceint d’une double rangée de barbelés entourant 382 baraques en bois de type Adrian.

Chaque baraque, d’une capacité maximale de 60 détenus, mesure 24 mètres de long par 6 mètres de large et 2,50 mètres de haut. Les baraquements sont répartis en treize îlots dont chacun porte l’une des treize premières lettres de l’alphabet. La prison militaire de Paris occupe les îlots B et D. L’îlot B du camp de Gurs : prison militaire de Paris repliée L’îlot B compte une vingtaine de baraques et héberge les détenus dits « préventionnaires », à qui l’administration attribue le sigle IF pour Indésirables Français. Quant à l’îlot D, il ne comporte que deux baraques (19 et 20) entourées de barbelés. C’est un camp dans le camp : l’îlot des suspects. Il reçoit la dénomination officielle de « centre de séjour surveillé ».

Le 10 juillet, le capitaine Kersaudy signale la présence de 1 139 détenus internés au camp de Gurs : 1 010 sont rattachés à la prison militaire de Paris et 129 dépendent de la prison militaire de Bordeaux. Kersaudy, commandant des prisons militaires de Paris et de Bordeaux repliées, précise qu’il y a lieu de hâter l’instruction des prévenus car il a « remarqué un énervement parmi les inculpés […] Je ne puis sévir contre les fauteurs de trouble, n’ayant pas de locaux disciplinaires pour les corriger. Beaucoup de détenus sont d’opinions subversives et sèment le mauvais exemple autour d’eux. Le départ du camp de Gurs est à mon avis urgent et l’internement de ces mauvais sujets dans un endroit plus approprié s’impose ». À partir du 2 septembre 1940, des groupes de prévenus quittent régulièrement Gurs pour Périgueux, en train et sous escorte, afin d’y être jugés. Ils transitent d’abord par la maison d’arrêt de Périgueux où un quartier pour détenus militaires leur est réservé, puis par la prison militaire provisoire de la Perlerie. Il devient dès lors urgent de créer en Dordogne, une prison militaire destinée à recevoir tous les prisonniers justiciables devant le tribunal militaire de Périgueux. La situation semble en passe d’être réglée avec le projet d’installation d’un camp militaire pour prévenus à Saltgourde (commune de Marsacsur-l’Isle). Le projet fait long feu.

Il est jugé trop onéreux, trop long à mettre en oeuvre et surtout inadapté en raison des conditions climatiques, difficiles pendant l’hiver. Par télégramme du 6 septembre 1940, la 12e Région fait savoir qu’elle ne peut recevoir les détenus. Le 17 octobre, à la suite d’une visite d’inspection du camp de Gurs, le rapporteur (...)


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