Arkheia, revue d'histoire

L’itinéraire intérieur de Manuel Azaña dans le jardin des Moines

Par Elvire Diaz
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Article publié dans
Azaña 3 /hors série
Auteur : Hispaniste, Université de Poitiers.

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Le jardin des moines (1927), premier roman de Manuel Azaña, est aussi le plus singulier dans le parcours du futur Président de la Seconde République espagnole 1. L’homme de lettres et de coeur se révèle dans cette évocation des années passées chez les Augustins du Collège royal universitaire María Cristina à l’Escurial, entre 1893 et 1897. Dans ce monde clos où enseignement et lectures sont sévèrement contrôlés, l’adolescent forge sa conscience politique et spirituelle. En 1927, alors que nombre d’auteurs engagés pour la république affichent un anticléricalisme virulent ou s’intéressent à la situation de la Russie contemporaine, Azaña fait une analyse nuancée de son éducation religieuse.

Introduction au texte. Histoire du Jardin des moines.

L’originalité du roman Pour qui connaît Manuel Azaña (1880-1940) en tant qu’homme politique, ministre puis Président de la Seconde république espagnole à partir de 1936, la lecture de son premier roman Le jardin des moines (1927) peut laisser perplexe. Héritier d’une famille libérale et luimême républicain, Manuel Azaña fut élève pendant son adolescence au Collège royal universitaire María Cristina de l’Escurial, dirigé par des Augustins, étape douloureuse sous la férule augustinienne, qui a laissé bien des traces dans sa vie politique et littéraire.

Sa création littéraire est marquée par l’originalité, d’un point de vue biographique, politique, religieux et littéraire. En premier lieu, l’écriture de ce texte relève pour son auteur d’un effort personnel car ce récit est une sorte de journal intime d’un républicain qui raconte sa formation religieuse et ses doutes. Dans le Prologue à son roman, Azaña dit qu’il le publie « avec des réserves, aux dépens de [son] amour propre » et « en faisant taire [sa] pudeur ». Il est tout à fait singulier dans son parcours d’écrivain et avec Fresdeval, resté inachevé, ses deux pièces, La couronne et La veillée à Benicarló, et ses collaborations de jeunesse dans La Pluma, il constitue la seule incursion réellement littéraire d’Azaña. A contre-courant des théories littéraires des années vingt développées par le philosophe Ortega y Gasset qui prône la déshumanisation de l’art et du roman en particulier, dans son ouvrage clef La deshumanización del arte (1925), Le jardin des moines est un récit d’un lyrisme appuyé, plein d’anecdotes et dont la langue, qui plus est, va aussi à contre-courant des recherches littéraires innovantes. Si les auteurs novateurs « ortéguiens », comme Francisco Ayala à sa première période, visent à l’originalité, par le recours en particulier aux métaphores inédites, compactes et aux constructions syntaxiques libres, influencées en cela par les courants en « -ismes », dont le surréalisme et l’ultraïsme pour l’Espagne, l’écriture classique voire latinisante d’Azaña apparaît comme une (...)


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