Arkheia, revue d'histoire

L’œil du Kremlin, Cinéma et censure en URSS de Natacha Laurent

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9

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Natacha Laurent, L’œil du Kremlin, Cinéma et censure en URSS sous Staline, Toulouse, Privat, 2000, 286 p, préface de Nicolas Werth.

L’ouvrage de Natacha Laurent, L’œil du Kremlin, Cinéma et censure en URSS sous Staline, nous propose une étude des rouages et des mécanismes de la censure cinématographique soviétique de 1928 à 1953 au niveau “ intermédiaire ” du processus de décision, c’est-à-dire entre la base et le sommet de la hiérarchie politique. Si, précisons-le d’emblée, la lecture de ce livre n’est pas aisée, c’est en raison même de son objet ambitieux car, comme le souligne l’auteur, “ rien n’est moins facile que le fonctionnement de la censure cinématographique en URSS tant le nombre de personnes intervenant dans le processus est important ”. Le mérite de l’historienne est de mettre en évidence la complexité des mécanismes de prise de décision et de fonctionnement des structures bureaucratiques soviétiques chargées du contrôle de la production et de la censure cinématographique, notamment en ce qui concerne la période mal connue qui va de 1939 à 1948. Cette immersion réussie à l’intérieur de cette machine “ monstrueuse ” qu’est l’administration soviétique est rendue possible tant grâce à une parfaite connaissance des archives qu’à un dépouillement d’une masse impressionnante de documents inédits. Il faut toutefois souligner la capacité de l’auteur à leur donner sens, à les interpréter, tout en montrant que les archives n’apportent pas toujours les réponses aux questions qu’on leur pose. L’approche chronologique choisie par Natacha Laurent permet de suivre au plus près les évolutions de la censure cinématographique : après une période de tâtonnements et de réorganisations successives (1919-1928), le cinéma soviétique connaît à partir de 1928, date de l’avènement de Staline au pouvoir suprême, une période de reprise en main marquée par une politique de centralisation et d’homogénéisation tendant à faire de celui-ci une arme propagandiste efficace. Choumiatski, à qui est confiée cette mission, conduit à bien la double révolution de l’avènement du parlant et de l’adoption du réalisme socialiste, réussit à concilier idéologie communiste et goût du public (le film Tchapaiev des frères Vassiliev en est l’exemple le plus connu), mais doit néanmoins faire face à un certain nombre de problèmes : retard du parlant, chute de la production, critiques du milieu professionnel. Jugé responsable de l’échec de l’industrie cinématographique, Choumiatski est envoyé en camp et fusillé en 1938. Son limogeage s’accompagne d’un durcissement et d’une simplification de la censure par la création en 1938 du Comité de cinéma placé sous l’autorité du Conseil des commissaires du peuple et, l’année suivante, de la Direction de l’agit-prop (UPA) dont la section cinéma est rattachée au (...)


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