Arkheia, revue d'histoire

L’œil du Kremlin, Cinéma et censure en URSS de Natacha Laurent

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9

(...) secteur des institutions culturelles. Ces deux sources de pouvoir sont animées par des logiques différentes et entrent régulièrement en conflit : la première, dirigée par Bolchakov, est confrontée aux contingences économiques de l’industrie du cinéma, tandis que la seconde, confiée à Alexandrov mais placée sous l’autorité de Jdanov, contrôle ce qui relève du contenu idéologique des films. Ces réformes de structure ainsi que la campagne idéologique de 1940 témoignent de la volonté du Parti de réformer le fonctionnement de la censure et de restructurer l’industrie cinématographique. Le déclenchement de la guerre contre l’Allemagne en juin 1941 entraîne toutefois un assouplissement de la première et une désorganisation de la seconde. En fait, ce relâchement n’est que passager comme le montre la reprise en main du contrôle de la production cinématographique par la Direction de l’agit-prop à partir de 1943. L’année 1946, appelée par Natacha Laurent “ l’année terrible ”, voit un durcissement du régime et le lancement d’une campagne par le Parti contre l’intelligentsia (Jdanovchtchina) qui met notamment fin à l’expérience lancée en 1940 qui permettait aux professionnels du cinéma de participer au processus de censure dans le cadre du Conseil artistique. Le contrôle exercé par le Parti sur l’industrie du cinéma se renforce encore au cours des dernières années de la période stalinienne (1947-1953), les préoccupations économiques et financières devenant aussi importantes que les questions purement idéologiques. Au-delà de cette approche chronologique, l’auteur met en évidence un certain nombre de constantes qui touchent le système au cours de la période étudiée. D’abord les dysfonctionnements chroniques affectant l’industrie cinématographique : pénurie dramatique de pellicules et de scénarios, manque d’organisation à l’intérieur des studios qui entraîne gaspillages et retards dans les tournages, tirages de copies et appareils de projection insuffisants, sous-équipement des salles, notamment dans les campagnes… La responsabilité en incombe en grande partie à une censure considérée par les professionnels du cinéma comme étouffante, tatillonne, lourde et pesante, voire absurde. Ces derniers se plaignent de la “ sur-censure ” et des multiples contrôles qui s’exercent sur les scénarios. Il n’est pas rare que les organismes de censure réclament des corrections à un scénario alors que le tournage du film est pratiquement terminé. Les causes de ces dysfonctionnements sont multiples : dépersonnalisation liée au nombre trop important des instances de censure, mais aussi rivalité entre les deux principales administrations que sont le Comité de cinéma et la Direction de l’agit-prop du CC, amenées à faire une surenchère en matière de censure. Ce sont les professionnels du cinéma qui font les frais de ces enjeux de pouvoir et sont les (...)


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