Arkheia, revue d'histoire

L’œil du Kremlin, Cinéma et censure en URSS de Natacha Laurent

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
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(...) boucs émissaires des campagnes idéologiques lancées par le Parti : en témoignent les procès condamnant La Loi de la vie de Stolper et Ivanov en 1940, ou encore Une grande vie du réalisateur Loukov en 1946. Natacha Laurent apporte à ce sujet un éclairage intéressant en montrant la part d’improvisation de la campagne idéologique lancée en juillet 1946 et la place exacte de Jdanov dans celle-ci. Jdanov y apparaît en effet davantage comme un organisateur que comme un initiateur. A toutes ces raisons s’ajoutent les aléas de la situation internationale qui contraignent la censure à réviser régulièrement ses critères : avec le rapprochement germano-soviétique de 1939, l’antifascisme est proscrit ; en 1941, la guerre contre l’Allemagne oblige le cinéma à s’adapter et à proposer des films exaltant le courage du peuple soviétique et la grandeur de la nation dans son combat contre l’envahisseur ; dans les dernières années du régime stalinien, le cinéma met en avant la haine contre l’ennemi américain, Guerre froide oblige. A l’issue de la lecture de ce livre, on comprend mieux les relations que les dirigeants soviétiques entendaient établir avec le cinéma ainsi que les limites de la propagande par le cinéma. En donnant la primeur au texte et au scénario, les responsables ont paradoxalement longtemps nié la spécificité de l’art cinématographique et le poids de l’image. Il faut attendre, en effet, 1943 pour voir se créer une section cinéma au sein de la Direction de l’agit-prop du CC, le cinéma étant rattaché jusque-là au secteur des institutions culturelles et éducatives. Quant aux efforts pour faire du cinéma une arme propagandiste efficace, on notera deux réserves riches en enseignement : la première est que la censure, loin d’aboutir à une organisation rigoureuse et rationnelle de la production cinématographique, l’a souvent paralysée et n’a pas empêché la réalisation de films non-conformes aux attentes du Parti. A cela s’ajoute le fait qu’en accordant plus d’importance à la qualité idéologique du message diffusé qu’aux conditions de sa réception, l’efficacité de la propagande par le cinéma n’était nullement garantie. On regrettera d’ailleurs que l’auteur du livre passe presque totalement sous silence la question de la réception des films par le public soviétique de l’époque. Question certes difficile, mais néanmoins passionnante. Pour finir, souhaitons que la découverte de cet ouvrage incite les lecteurs à aller voir ou revoir en spectateurs les films d’Eisenstein, de Vertov, Koulechov, Poudovkine ou Dovjenko pour le simple plaisir des yeux, mais aussi avec un autre regard. 
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