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LDH : les liaisons dangereuses de la Ligue des droits de l’homme partie 2

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : historien et journaliste à La Dépêche du Midi.

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La commission consacrée au procès est finalement élargie à Albert Bayet et à Maurice Paz. Rien ne semble toutefois aboutir, à lire la lettre de démission de ce dernier : « Je suis arrivé à la conviction que la commission – privée de tous moyens sérieux d’investigation, et qui a cessé de se réunir depuis bientôt trois mois – ne remplira pas sa mission : il est vain, dans ces conditions, de prolonger un simulacre d’enquête 21. » À la veille du congrès de la Ligue en juillet 1937, le constat est également amer pour Félicien Challaye,Michel Alexandre, Léon Emery et Georges Michon. Ils publient un tract – « La Ligue de l’affaire Dreyfus devant les procès de Moscou » – qui se conclut ainsi : « Comment ne pas constater avec douleur que jamais peut-être, autant qu’en cette affaire des procès de Moscou, la Ligue des droits de l’homme n’a aussi complètement, aussi manifestement trahi son devoir ? » À une large majorité, le congrès rejette la position de la minorité antistalinienne et provoque la démission de ce groupe du comité central de la LDH ainsi que celles de Gaston Bergery et Georges Pioch. La complaisance de la LDH à l’égard du stalinisme ne s’explique pas seulement par son attachement au mythe révolutionnaire. Trait d’union entre les partis socialiste, communiste et radical engagés dans le Front populaire et, à ce titre, fer de lance des campagnes antifascistes, la LDH a adopté la conception stalinienne de l’antifascisme – qui accusait toute critique du communisme de faire le jeu du nazisme. Cet antifascisme continuera de la guider bien après la disparition du régime d’Hitler et de tout réel danger fasciste en France.

LE REMORDS COLONIAL

Après la Deuxième Guerre mondiale, durant laquelle nombre des siens ont lutté et sont morts courageusement, victimes du nazisme et du régime de Vichy, la LDH épouse toutes les campagnes de mobilisation orchestrées par le PCF, alors premier parti de France, et ses multiples organisations satellites. Prenant le relais de « l’antifascisme », la dénonciation de l’Amérique comme source de tous les maux s’inscrit dans la guerre froide opposant le camp occidental et les « militants pour la Paix » – c’est-à-dire favorables à une pax sovietica 22. Ce pacifisme unilatéral ne surprendra pas. Il se situe dans la continuité des liaisons dangereuses, initiées en 1918, entre la Ligue des droits de l’homme et le totalitarisme communiste. En revanche, les positions de la LDH à l’égard de l’empire colonial français pourraient scandaliser ses militants actuels. Avant la guerre d’Algérie, en effet, ses responsables, comme la plupart des militants de gauche, croient en la mission « civilisatrice  » de la colonisation. Ainsi, l’éminent anthropologue et liguard Paul Rivet, chantre de l’appel du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes en février 1934, et (...)


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