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LDH : les liaisons dangereuses de la Ligue des droits de l’homme

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : historien, directeur et cofondateur de la revue Arkheia. il est également journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) gauche était en proie à une admiration non contenue pour le régime dictatorial instauré par Lénine à la faveur d’un coup d’État contre le gouvernement du socialiste Kerenski. Par ignorance ? Certainement pas. Pour savoir, il suffisait de vouloir savoir. L’horreur bolchevik s’étalait en effet quotidiennement dans les colonnes de L’Humanité – organe de la SFIO, le Parti socialiste français – qui, le 4 juillet 1918, titrait sans équivoque : « La terreur règne en Russie ». Des extraits d’articles publiés du 9 juillet au 18 août sont tout aussi explicites : « Les casernes de gardes rouges regorgent de vivres volés. Les orgies succèdent aux orgies […] la misère augmente » et « La vie des ouvriers devient intolérable. Les usines sont fermées ; il n’y a plus de pain ; aux affamés on ne donne que des balles ; la liberté d’écrire et de parler est étouffée ; les organisations ouvrières sont persécutées ; il n’y a plus de tribunaux. […] Nous sommes gouvernés par des gens qui sont des autocrates, qui n’ont ni foi ni loi […] qui sont animés seulement d’une terrible soif de pouvoir 4 ». Pourtant ces faits n’allaient pas ébranler l’enthousiasme révolutionnaire de la majorité des socialistes français. Leur empathie reposait, selon l’historien François Furet, principalement sur le fait que la révolution russe incarnait un « cri contre la guerre » plutôt que le renversement du tsar ou la distribution des terres aux moujiks 5. Avec pour leitmotiv « la révolution soviétique, c’est la paix », Lénine obtient des soutiens inattendus tel celui de l’écrivain dreyfusard Anatole France, membre du comité central de la LDH, qui s’exclame : « Ils veulent la paix et cela excuse tout. » A cela, il faut prendre en considération « malgré les emprunts russes l’importance de l’anti-tsarisme français qui, avant 1914, eut notamment pour chef de file Anatole France » confie l’historien Jean-Louis Panné.

Dans ce contexte, marqué par la décision du président du Conseil, Georges Clemenceau, de poursuivre la guerre en Russie pour « provoquer la chute du bolchevisme » – qui a conclu une paix séparée avec l’Allemagne – et fixer des forces allemandes à l’Est, le comité central de la LDH se lance dans l’examen de la jeune révolution soviétique. Une commission d’enquête de la LDH « sur la situation en Russie » entend durant sept séances, du 28 novembre 1918 au 28 mars 1919, des Français spécialistes de ce pays et des Russes, ex-responsables de l’Assemblée constituante dissoute par les bolcheviks 6. Composée du nec plus ultra de l’intelligentsia française dont Anatole France, l’historien Paul Aulard, le physicien Paul Langevin, l’économiste Charles Gide, le sociologue Victor Basch, le journaliste Émile Kahn, la commission de la LDH est présidée par le pédagogue et futur Prix (...)



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