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LDH : les liaisons dangereuses de la Ligue des droits de l’homme

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : historien, directeur et cofondateur de la revue Arkheia. il est également journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) Nobel de la paix Ferdinand Buisson. Elle a l’insigne privilège de pouvoir interroger des témoins oculaires et des acteurs de la révolution russe. Le constat du premier témoin, Fernand Grenard, consul général de France à Moscou, est sans appel : « C’est fort simple ; aucune liberté n’existe plus : suppression des libertés d’association, de réunion et d’opinion ; suppression absolue de la presse non gouvernementale ; suppression de toute liberté électorale 7. » Situation qui contraste profondément avec l’extrême liberté des mois précédents, de février à octobre. Les propos du diplomate sont corroborés par le témoignage du journaliste socialiste Charles Dumas, ancien chef de cabinet de Jules Guesde, et chargé de mission en Russie entre décembre 1917 et mars 1918. Cet homme de gauche signale à la commission qu’il « ne peut pas être considéré comme suspect d’antipathie à l’égard des bolcheviks. […] Je suis moi-même marxiste. J’ai compté nombre d’amis personnels parmi les chefs du bolchevisme, et j’ai longtemps entretenu des relations cordiales avec Lénine ». Il confirme la dérive antidémocratique du régime : « J’ai été le témoin des manifestations sanglantes de la rue ; j’ai vu sous mes fenêtres les janissaires du régime tirer sur la manifestation des ouvriers de l’usine Oboukoff. Manifestation composée de femmes et d’enfants, d’hommes sans armes […] ; j’ai vu les victimes agoniser sur les trottoirs, repoussées à coups de crosse de fusil et de baïonnette 8. » Il brosse également un portrait du chef de l’Etat soviétique sans complaisance : « Au point de vue politique, Lénine est un fanatique étroit, qui rêve de révolution sociale universelle par la violence et qui poursuit avec ténacité son but. A cet égard, c’est un cynique qui ne reculera devant aucun moyen ». Favorable à une intervention des démocraties occidentales pour soutenir le soulèvement des partis démocratiques russes, Dumas souligne les ressorts de la realpolitik léniniste : « Le gouvernement bolcheviste, devant cette opposition grandissante, a eu recours à la guerre civile […] et a fait appel à l’Allemagne. Les bolcheviks acceptèrent l’envoi d’officiers allemands afin de former des cadres. En compensation, la Russie fut appelée à fournir à l’Allemagne des matières premières. » La majorité des Russes entendus par la commission en appelle à la « France, pays de la Révolution, pays démocratique pour prendre la tête de l’intervention pour les intérêts communs présents et à venir 9 ». Intervenant lors de la deuxième séance de la commission, Jacques Delevsky, confirme par ailleurs que les bolcheviks ont abrogé toutes les libertés et « exercent des massacres en masse, même sans jugements et sans condamnations formelles 10 ». Ces éléments accablants pourraient permettre à la Ligue de se prononcer en faveur d’une (...)


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