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LDH : les liaisons dangereuses de la Ligue des droits de l’homme

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : historien, directeur et cofondateur de la revue Arkheia. il est également journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) intervention sous mandat de la jeune Société des Nations.

Cependant, une voix discorde dans ce cénacle, celle de Boris Souvarine, envoyé des bolcheviks, qui légitime la terreur communiste : « La révolution prolétarienne s’est trouvée en 1918 dans la situation de la révolution bourgeoise en 1793. Contre elle, à l’extérieur une coalition mondiale, et à l’intérieur la contre-révolution et plusieurs Vendée. » Souvarine a frappé juste en renvoyant la LDH au passé révolutionnaire nourrissant l’idéologie républicaine et socialiste. Il trouve dès lors un allié de poids dans la commission de la LDH en la personne d’Alphonse Aulard, demeuré muet jusqu’à la dernière séance. Républicain radical-socialiste, Aulard est aussi un franc-maçon. Société de réflexion philanthropique, la maçonnerie des Lumières, demeure au coeur du dispositif de pensée de générations d’intellectuels et de notables en quête d’une société plus juste. Elle influence considérablement la LDH dont beaucoup de responsables possèdent la double appartenance. Titulaire à la Sorbonne de la première chaire universitaire sur la Révolution française, Aulard est, à cette époque, le plus éminent spécialiste du sujet : « Mon cœur n’est pas bolcheviste mais je raisonne. […] La Révolution française, elle aussi, a été faite par une minorité dictatoriale […]. Quand on me dit qu’il y a une minorité qui terrorise la Russie, je comprends moi, ceci : la Russie est en révolution ». Procédant par analogie entre les deux révolutions, l’universitaire conclut ainsi sa déclaration : « Je suis frappé de voir que, dans notre Révolution française, nous avons eu comme vous à repousser une intervention armée, nous avons eu des émigrés comme vous. […] Si, dans l’Europe de ce temps-là, la réaction n’avait pas décidé et pratiqué l’intervention, nous n’aurions pas eu la Terreur. » Argumentation que continuent à soutenir 75 ans plus tard, d’anciens caciques du PCF tels Léo Figuères, l’ex secrétaire du Comité central. Dans une interview donnée à L’Humanité, l’ancien premier édile de Malakoff conclut que si la révolution bolchevique et les crimes de l’Etat soviétique ont eu lieu, leurs causes en sont pour partie imputables à l’intervention des démocraties occidentales en Russie. 11 Toutefois dans le cas du républicain radical-socialiste, Alphonse Aulard, l’empathie pour la Révolution russe, ne peut être du même ressort idéologique. Franc-maçon, l’universitaire porte en lui tout l’héritage révolutionnaire de l’ordre maçonnique français. Des membres du Comité de Salut public de la Révolution française (Couton, Saint-Just), le compositeur de la Marseillaise Rouget de l’Isle aux révolutionnaires du XIXe siècle tels le chansonnier du Temps des Cerises, Jean-Baptiste Clément sans oublier les anarchistes de la Commune Louise (...)



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