Arkheia, revue d'histoire

LDH : les liaisons dangereuses de la Ligue des droits de l’homme

Par Max Lagarrigue
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : historien, directeur et cofondateur de la revue Arkheia. il est également journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) européens, l’aveuglement des dirigeants de la Ligue atteint son point d’orgue lors des procès de Moscou. Entre le 19 et le 23 août 1936, Staline ouvre une série de procès en sorcellerie, visant à l’élimination de la vieille garde bolchevik.
Le retour d’URSS de Gide Dès 1935, Boris Souvarine, celui qui fît basculer la commission de la LDH en faveur de la Révolution d’Octobre, publie la première biographie du dictateur soviétique non sans connaître d’importantes difficultés.14 Si son ouvrage connaît un succès d’estime, celui, un an plus tard, d’André Gide est spectaculaire. En novembre 1936, le cofondateur de la NRF publie un livre événement : Retour d’URSS 15. Traduit en quatorze langues, l’ouvrage figure parmi les best-sellers de l’écrivain qui depuis, trente ans, est la coqueluche de la littérature hexagonale. Cet écrivain dreyfusard au-dessus de tout soupçon qui a choisi en 1932 de devenir un compagnon de route du PCF, a cru comme bon nombre d’intellectuels et d’artistes que l’URSS était le seul rempart au nazisme. Figure de proue de l’intellectuel antifasciste, l’ouvrage de Gide fait l’effet d’un séisme. Sans complaisance et avec un rare courage, il livre un constat sans appel de la société soviétique : « Et je doute qu’en aucun autre pays aujourd’hui, fût-ce dans l’Allemagne de Hitler, l’esprit soit moins libre, plus courbé, plus craintif (terrorisé), plus vassalisé ». Une très violente campagne de presse s’engage contre l’écrivain. Compagnons de route et intellectuels communistes se livrent à un réquisitoire d’orthodoxie : le critique d’art Jean Cassou, l’écrivain Paul Nizan, l’économiste Georges Friedmann, Fernand Grenier, André Wursmer… Attaques qui permettront, sans doute la continuité du succès de l’ouvrage mais aussi renforceront les convictions de Gide. Il récidive, en effet, en livrant une préface à l’ouvrage de M. Yvon pseudonyme de Robert Guihéneuf où il écrit : « Le mensonge de l’URSS a dévoyé trop longtemps non seulement les naïfs, mais parfois les meilleurs d’entre nous ».16 Cette polémique autour des positions antisoviétiques de Gide éclate quelques semaines après le début des Grandes Purges.

Le premier d’entre eux se déroule à Moscou dans la salle Octobre de la Maison des syndicats.Moins de vingt-quatre heures après avoir été reconnus coupables, les seize accusés, dont les leaders historiques Zinoviev et Kamenev, sont exécutés sans avoir pu faire appel de leur sentence. Face à la pression exercée par un petit groupe de pacifistes antistaliniens de la LDH (Magdeleine Paz, Félicien Challaye, Georges Michon entre autres), la Ligue constitua une commission d’enquête composée de son président Victor Basch, du juriste de la Ligue russe Boris Mirkine-Guetzévitch et de maître Raymond Rosenmark, avocat de la LDH. De son vrai patronyme Herman (...)



| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Arkheia : Azaña 4 - 5
Manuel Azaña : Nation et mémoire en débat sous la co-directions de Geneviève Dreyfus-Armand et Jean-Pierre Amalric. A découvrir ici...
Les Tondues de 1944
In Memoriam Étienne Roda-Gil Etienne Roda-Gil est mort le 31 mai 2004. Fils de réfugiés républicains espagnols, il était né au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne) où sa famille fut internée après avoir fui l’Espagne. De la (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia