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LDH : les liaisons dangereuses de la Ligue des droits de l’homme

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Opinion, débats
Auteur : historien, directeur et cofondateur de la revue Arkheia. il est également journaliste à La Dépêche du Midi.

(...) Rosenmark, dit Raymond (1885-1950), est avocat à la cour d’Appel de Paris et fut un collaborateur de l’ancien président du Conseil socialiste René Viviani. Proche des milieux maçonniques, il adhéra à la LDH en 1902 et en devint le juriste. Présent durant tout le procès, Rosenmark fut désigné comme secrétaire de la dite commission spéciale des procès de Moscou. A ce titre, il publia le rapport de la commission dans Les Cahiers des droits de l’homme, la prestigieuse revue de la LDH dirigée par Emile Kahn. Après un bref récapitulatif de l’acte d’accusation, tout en démontrant que le procès respecte les règles communes de la justice, Rosenmark en vient à considérer que les seize accusés sont coupables… puisqu’ils ont avoué : « Douter de la spontanéité de pareils aveux, les attribuer à je ne sais quelle mystérieuse invention scientifique, c’est entrer dans le domaine des hypothèses les plus fantaisistes 17. » Et il insiste plus loin : « Supposer que les aveux ont été extorqués sous la menace de tortures n’est pas acceptable. […] Non, il s’agit d’aveux faits en audience publique par des accusés qui ont parlé librement, d’aveux réitérés, pendant cinq jours. » Comparant la législation soviétique à celle de la France, le rapporteur se permet même de justifier la peine de mort pour les accusés ayant participé « à un complot » contre Staline. La fin justifiant les moyens, il ajoute : « Une révolution ne peut être sauvée que par des mesures extrêmes et on ne saurait à certaines périodes se dispenser de recourir à des moyens exceptionnels. » Reprenant encore le parallèle avec la Révolution française, il conclut : « C’est renier la Révolution française que de refuser à un peuple le droit de sévir contre les fauteurs de guerre civile, contre des conspirateurs en liaison avec l’étranger. […] En présence de menées terroristes, il faut non pas blâmer mais louer les peuples et les régimes qui ont le courage d’instituer un tribunal révolutionnaire 18. » Tout a été fait pour « aider » les observateurs français. En effet, selon Rosenmark, le compte rendu des débats du procès est traduit dans notre langue. Le rapporteur de la LDH se pose en défenseur des autorités soviétiques et justifie en conclusion l’assassinat des compagnons de Lénine. Ce plaidoyer en faveur des procès staliniens, d’un avocat niant les plus élémentaires droits de la défense, provoque la stupeur de nombreux liguards. Le président de la LDH, Victor Basch, lui-même, est gêné. Il affirme toutefois « que toute atteinte à la République soviétique serait un coup grave porté à la démocratie 19 ». Devant cet inébranlable soutien à l’URSS de Staline, Magdeleine Paz, membre du comité central de la Ligue, réclame un article-réponse au rapport de la commission dans Les Cahiers des droits de l’homme. Elle sera seulement autorisée à publier son papier (...)


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