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La Joconde s’est cachée à Montauban

Par Daniel Adoue
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Revue de presse

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HISTOIRE Daniel ADOUE | 28 Mai 2000 | 00h00 En 1940, la guerre a aussi jeté sur les routes les chefs- d’oeuvre des musées français.

SUR la route qui descend vers le sud, un long serpent humain ondule sous le soleil et dans la poussière de juin. Il y a les marcheurs, veste jetée sur le bras ; ceux qui poussent ou tirent des charrettes à bras ; il y a les bicyclettes, les voitures à cheval et les automobiles. Tout cela forme une hétéroclite cohorte aux visages sombres et inquiets. Voilà deux jours déjà que le petit groupe de camions a quitté le château de Louvigny, dans la Sarthe, et se fraye péniblement un chemin sur la route encombrée. Sous les bâches, des trésors inestimables que les passants ignorent. Chacun, en ces temps troublés, cherche un abri pour ses biens. La Nation aussi, qui a pris soin de vider le palais du Louvre de ses joyaux. Un mois avant la déclaration de guerre à l’Allemagne, en septembre 1939, tableaux, dessins, antiquités et sculptures ont déjà quitté Paris pour la Normandie. Pendant quelques semaines, d’août à novembre, Mona Lisa avait trouvé refuge dans le somptueux château de Chambord, avant d’aller se cacher à Louvigny, dans la Sarthe. En juin 40, il faut encore partir. Et Germain Bazin qui conduit l’un des ultimes convois chargés des peintures du Louvre, peine à rejoindre l’abbaye de Loc-Dieu, dans l’Aveyron. Il faudra cinq jours d’un voyage mouvementé pour arriver au but. Là, plus de trois mille tableaux sont réunis. Le bras gauche négligemment posé sur le genou ; la main droite qui enserre le poignet ; Mona Lisa del Giocondo promène son regard oblique sur cet étrange spectacle.

L’humidité menace, on les fait respirer à l’air Bouddha est là aussi, représenté sur les huit peintures tibétaines du musée Guimet. Sourires asiate et florentin ajouteraient à l’étrangeté de la situation si les peintures n’étaient soigneusement enfermées dans des caisses. Il faudra pourtant en déballer certaines que l’humidité commence à ronger. « Le curé de Mémer m’a demandé si je voulais voir la Joconde, se souvient Lucien. Dans une grande prairie, il y avait plein de tableaux étendus comme du linge. On s’est promené, là, au milieu. Je n’ai pas vu la Joconde. Je ne me souviens d’ailleurs d’aucun des tableaux qui étaient là. » Reste gravée cette image saisissante de la peinture qui prend l’air au soleil du mois d’août. Après la guerre, c’est l’humidité que l’on doit fuir. Non loin de Loc-Dieu, Montauban et son musée Ingres offrent un abri idéal. Les murailles de l’ancien palais des évêques sont solides, et bien que surplombant le Tarn, le bâtiment offre toutes les garanties de sécurité. Les oeuvres prennent place dans trois salles du musée. Trésor parmi les trésors, Mona Lisa qui arrive à Montauban le 3 octobre 1940, bénéficie de la protection (...)


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