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La Grande Conversion : le destin des communistes en Europe de l’Est de Georges Mink et Jean-Charles Szurek

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Guillaume Bourgeois, professeur à l’IUFM de Poitiers.

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De tous les livres récemment parus sur l’évolution des pays ex-communistes de l’Europe centrale et orientale, La Grande Conversion est sans doute l’un des plus clairs dans son argumentation et des plus nettement orientés dans sa thèse. Pour résumer cette dernière, Georges Mink et Jean-Charles Szurek n’hésitent pas à risquer la formule : le socialisme défunt a produit du capitalisme grâce à une conversion plus qu’inattendue des anciennes élites communistes. Cette " victoire d’une défaite " nous est essentiellement décrite à travers l’exemple polonais, avec des références moins nombreuses aux cas tchèques et hongrois. Comment s’explique-t-elle ? Par le résultat d’un processus en deux temps, qui conduisit les ex-communistes à se faire " incontournables " dans le jeu politique (avec un capital stable d’environ 30% des voix) parce qu’ils étaient devenus des socialistes bon teint (sociaux-démocrates) : s’étant immédiatement réformés, quitte à sacrifier l’essentiel de leur capital militant, ils furent immédiatement battus mais, dans un deuxième temps, l’opinion approuva leur évolution profonde et la sanctionna positivement. Les deux sociologues n’insistent peut-être pas beaucoup sur le fait que, à l’inverse, dans la plupart des autres pays du bloc soviétique, les partis communistes qui ne sont pas défaits à temps de leur prérogatives de parti-Etat et tentèrent de se maintenir en tant que parti de masse ont été finalement laminés. Une précision qui limite l’étendue et la portée problématique de cette " grande conversion ". Dans une perspective synthétique, il faut d’ailleurs souligner que, dans les vingt et uns Etats issus de l’ex-Europe centrale et orientale communistes, les communistes convertis à la social-démocratie ne sont au pouvoir, en 2000, que dans deux d’entre eux (Albanie et Lituanie), qu’ils dirigent certes l’opposition dans sept autres (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Macédoine, Pologne, Roumanie et Slovaquie) et que ce sont les communistes " maintenus " qui restent en pointe dans les Etats issus de l’ex-URSS (Biélorussie, Ukraine, Moldavie et Russie). Dans la plupart des cas, en vérité, c’est entre centristes, libéraux et partis nationalistes à base ethnique que le pouvoir est distribué, ce qui pourrait fragiliser la thèse de Mink et Szurek... À moins d’admettre, comme ils le suggèrent de manière plus discrète, que ces partis de droite sont eux aussi formés de communistes reconvertis, conséquence de leur monopole ancien sur les leviers de pouvoir. En d’autres termes, ayant longtemps pratiqué de manière exclusive la politique sous le régime communiste, ils se retrouvèrent presque seuls qualifiés pour faire renaître cette vie politique, le régime communiste ayant pris fin. Ce serait l’explication, dans sa dimension finalement triviale, de cette grande conversion, une explication utile pour dissiper les ambiguïtés qui affleurent dans la démonstration de nos (...)

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