Arkheia, revue d'histoire

La Lettre pastorale de Mgr Théas, 26 août 1942

Par Pascal Caïla
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Pascal Caïla est historien, titutlaire d’une maîtrise sur le Diocèse de Montauban durant la Seconde Guerre mondiale.

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Le dimanche 30 août 1942, les églises et chapelles du diocèse de Montauban résonnent à l’unisson d’un message épiscopal, rédigé le 26 août, placé sous l’intitulé « Lettre de Monseigneur l’Evêque de Montauban, sur le respect de la personne humaine », et « à lire sans commentaire » est-il précisé au bas de la signature de Pierre-Marie Théas :

« Mes biens chers Frères,

Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France en soit responsable.

A Paris, par dizaines de milliers, des Juifs ont été traités avec la plus barbare sauvagerie. Et voici que dans nos régions on assiste à un spectacle navrant ; des familles sont disloquées ; des hommes et des femmes sont traités comme un vil troupeau, et envoyés vers une destination inconnue, avec la perspective des plus graves dangers.

Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères parce que créés par le même Dieu ; que les hommes, quelle que soit leur race ou leur religion, ont droit au respect des individus et des Etats.

Or les mesures antisémitiques actuelles sont un mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille.

Que Dieu console et fortifie ceux qui sont iniquement persécutés ! Qu’il accorde au monde la paix véritable et durable, fondée sur la justice et la charité ! »

Ce texte retentissant révèle évêque de Montauban au pays déchiré par sa troisième année de guerre. Par la suite, ses actes, son arrestation et son internement forgeront définitivement l’image de l’éveque-résistant qui perdure aujourd’hui encore . La lettre de Mgr Théas n’est pourtant pas la première protestation publique contre la persécution des juifs. Elle suit de quelques jours celle de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui aujourd’hui fait référence face à l’historiographie. A y regarder de près, s’il s’inscrit incontestablement dans la lignée de Toulouse, le texte du prélat montalbanais fait preuve dans sa préparation et sa diffusion d’une originalité et d’une force sans équivalent, qui appelle une analyse approfondie. La construction et le style de la retentissante protestation de l’évêque de Montauban témoignent à la fois d’une évidente dimension de spontanéité et d’une clarté dans le raisonnement. Dans sa démonstration, Mgr Théas s’appuie sur deux types d’événements similaires, quoique forts distincts en terme d’impact sur les consciences. S’exprimant au passé, il fait brièvement référence à la rafle du Vélodrome d’Hiver, opérée à Paris et dans sa région, un mois et demi plus tôt. Reprenant l’utilisation du présent, il évoque ensuite, les faits qui se déroulent en temps réel dans son diocèse. Même si elle n’est pas l’unique élément d’explication à son engagement, (...)


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