Arkheia, revue d'histoire

La Lettre pastorale de Mgr Théas, 26 août 1942

Par Pascal Caïla
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Pascal Caïla est historien, titutlaire d’une maîtrise sur le Diocèse de Montauban durant la Seconde Guerre mondiale.

(...) niveau jamais égalé, mais elle est aussi devenue directement visible par la population. Même si la plus grande discrétion a prévalu au moment de réaliser l’opération du 24 août au camp de Septfonds, quelques témoins ont pu constater ces scènes de déportation et vraisemblablement parler de ce qu’ils avaient vu. A l’instar des informations que Mgr Saliège a reçu au sujet du départ du convoi de Noé / Récébédou, il est fort probable que Mgr Théas a appris assez vite ce qui venait de se passer à Septfonds. Le 26 août 1942, nombreux sont ceux qui peuvent cette fois observer directement la cruauté d’une opération anti-juive de masse, y compris dans les petits villages du département . Et quand bien même, on n’a pas assisté directement à une scène d’arrestation, on sait toute l’importance que revêtent les représentations fractionnées du réel en pareille circonstance. Comme nombre de ces diocésains , Pierre-Marie Théas est bouleversé et indigné par ces événements. Son caractère impulsif et son solide idéal de charité chrétienne le conduisent tout naturellement à rompre le silence et à prendre la plume pour protester. Mais, aussi spontanée soit la réaction du prélat, le message, par la force de son contenu, atteste avant tout d’une réflexion appuyée, conséquence d’un mûrissement de la pensée, d’une réelle évolution. On sait combien cet homme, que rien ne semblait prédestiner à un pareil engagement protestataire à son arrivée à Montauban et au cours de ses premiers mois d’épiscopat, avait su évoluer entre 1940 et 1944, au fil des événements et au contact d’influences déterminantes. A ma connaissance, Mgr Théas ne donne les premiers signes de contestation à l’égard de la politique antisémite de Vichy qu’au printemps 1942. Avant cette date, on ne trouve aucune trace de réprobation, ni lors de la publication du premier statut des Juifs en octobre 1940 et de ses mesures d’exception (Mgr Théas est alors en cours d’intronisation), ni lors du lancement des mesures de spoliation des biens, ni lors de la publication du second statut en juin 1941, ni lors des premières rafles en zone occupée. En cela, Mgr Théas est à l’image de l’épiscopat français et de l’opinion publique davantage préoccupée par ses problèmes quotidiens. Le premier acte « officiel » de Mgr Théas repéré à ce jour se situe en avril 1942, lorsque « sur demande », écrit-il, il intervient auprès du préfet pour un Juif autrichien, ancien Engagé Volontaire, interné au camp de Septfonds, précisant toutefois, qu’il accomplit « cette démarche par charité » . Plus significatif de l’évolution de sa pensée est certainement l’appréciation qu’il porte sur le discours prononcé par Bruno de Solages à la cathédrale de Montauban le 14 mai 1942. Dans le Bulletin Catholique, quelques jours plus tard, il qualifie de « lumineux et pénétrant » le texte de Mgr de (...)


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