Arkheia, revue d'histoire

La Lettre pastorale de Mgr Théas, 26 août 1942

Par Pascal Caïla
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Pascal Caïla est historien, titutlaire d’une maîtrise sur le Diocèse de Montauban durant la Seconde Guerre mondiale.

(...) commune de Lamothe-Capdeville, où le curé est connu pour ses idées collaborationnistes. Grâce à ce stratagème et au courage des trois cyclistes, grâce également à la précaution prise par Mgr Théas de transmettre officieusement sa lettre au préfet François Martin en lui demandant de l’ignorer, le dimanche 30 août 1942, le message épiscopal est ainsi lu quasi-simultanément dans le diocèse tout entier. Outre le curé d’Ardus, et pour cause, on connaît au moins le cas d’un autre ecclésiastique qui ne lit pas la lettre pastorale. Il s’agit de Mgr Théas, lui-même, qui s’abstient lors de la célébration de la messe du deuxième anniversaire de la Légion, d’un commun accord avec le préfet qui préside cette cérémonie . Le message de Mgr Théas participe de l’incontestable tournant que constitue l’été 1942 dans l’attitude de l’opinion publique à l’égard des Juifs. D’une indifférence quasi générale, l’opinion ordinaire, jusque là repliée sur ses problèmes quotidiens, bascule en quelques semaines dans une attitude de réprobation vis à vis des opérations anti-juives, de compassion et de soutien aux persécutés. Dans un rapport adressé à Vichy, quelques semaines après la grande rafle, le Préfet de Tarn-et-Garonne ne peut que constater ce changement. Il écrit “ … les divers renseignements qui me sont fournis et notamment ceux du contrôle postal font ressortir que la quasi-unanimité de l’opinion publique, troublée par ces mesures, a marqué en termes significatifs sa réprobation ”. Cette modification du sentiment dominant face au sort des Juifs est d’ailleurs totalement indissociable d’un comportement émergent d’hostilité au régime de Vichy et sa politique de collaboration. Dans ce contexte, la lettre pastorale de Mgr Théas doit s’analyser à la fois comme l’expression d’une attitude personnelle qui s’inscrit dans un mouvement majoritaire, et plus encore comme un vecteur d’influence prépondérant à une époque où la puissance morale de l’Eglise est considérable. Une large diffusion de la lettre permet rapidement d’étendre cette influence au-delà des limites du diocèse de Montauban. Reproduite clandestinement en grande quantité, notamment au Secrétariat Social de Montauban, la lettre est envoyée “ à de nombreuses personnalités administratives connues pour leurs sentiments religieux, ainsi qu’à de nombreux Juifs ” . Le 9 septembre la protestation de Mgr Théas est évoquée une première fois sur Radio-Londres par Jean Marin, qui, quelques jours plus tard, cite des passages entiers sur cette même antenne. L’évêché lui-même répand la lettre sur ordre de l’évêque. Ainsi, en réponse à la demande d’un chanoine de Thiers, qui a entendu partiellement le message à la radio, le secrétaire général envoie l’intégralité de la lettre en y ajoutant le message de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de zone occupée, (...)


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