Arkheia, revue d'histoire

La Lettre pastorale de Mgr Théas, 26 août 1942

Par Pascal Caïla
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Pascal Caïla est historien, titutlaire d’une maîtrise sur le Diocèse de Montauban durant la Seconde Guerre mondiale.

(...) Debré. Des placements ont également lieu chez des particuliers. La famille Cohn-Bendit, par exemple, est placée chez une famille résidant dans la campagne montalbanaise. Repéré comme terre d’asile, le diocèse offre des possibilités de camouflage appréciées. C’est ainsi que l’abbé Glasberg, prêtre d’origine juive recherché à Lyon, où il a réalisé des prodiges de sauvetages d’enfants, est accueilli par Mgr Théas, qui lui confie, sous le nom de Corvin, la paroisse de Léribosc . Dès le mois de septembre, l’aide apportée aux Israélites se traduit par la délivrance de faux documents officiels. En quelques semaines, Mgr Théas signe des dizaines de faux certificats de baptême. Marie-Rose Gineste, quant à elle, obtient des fausses cartes d’identité et d’alimentation auprès de la Résistance toulousaine. Au Secrétariat Social, aidée de trois amis juifs, elle organisera même petit à petit un véritable atelier clandestin.

Tout ceci étant dit, doit-on considérer pour autant l’engagement de Mgr Théas vis à vis des Juifs comme un acte d’opposition ouverte au régime de Vichy, comme un acte délibéré de Résistance ? Il est évident que sa lettre constitue un engagement qui dépasse la simple réaction charitable contre la violation de principes fondamentaux. En effet et je vous le disais tout à l’heure, Mgr Théas n’éprouve pas le besoin d’exprimer son loyalisme à l’égard du chef de l’Etat Français, alors que quelques mois plus tôt, il entonne encore les louanges du Maréchal, à l’occasion du message du nouvel an 1942 . Néanmoins, lorsque la lettre de Mgr Théas stipule “ des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France en soit responsable ”, une ambiguïté subsiste quant à la position personnelle de Mgr Théas vis à vis du régime et du chef de l’Etat . Au moins deux interprétations peuvent être envisagées à partir de cette phrase. Soit que, par désinformation, l’évêque disculpe Vichy dans cette affaire et fasse porter l’entière responsabilité à l’Allemagne. Soit au contraire, qu’il ait pleinement conscience du rôle joué par le gouvernement et que subtilement, il laisse entendre que le régime qui gère le pays n’est plus la vraie France. Il est difficile de souscrire à la seconde de ces interprétations. En tout cas, le séisme provoqué par cette lettre, conduit évêque de Montauban à réaffirmer clairement son loyalisme, quelques semaines plus tard. Les comptes rendus officiels de l’inauguration de la grotte de Montauriol, le 8 octobre 1942, en présence du cardinal Gerlier, nous permettent de le mesurer. Tout d’abord, lorsque le préfet de Tarn-et-Garonne, dans son discours, remercie publiquement Mgr Théas et le cardinal Gerlier : « Je sais gré aussi à vos Excellences d’avoir dit récemment des mots nécessaires pour faire défense que certaines paroles […] puissent être exploitées aux (...)



| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
En vente sur ce site
1940, la Belgique du repli. L’histoire d’un petite Belgique dans le Sud-Ouest de la France (100 photos et 50 témoignages inédits).
Cahors. Fusillés : un tabou, un (...) LaDepeche.fr | Publié le 20/07/2011 08:14 La revue d’Histoire « Arkheia » propose dans son dernier numéro un passionnant dossier intitulé « Les fusillés de la Libération : un tabou cadurcien », (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia