Arkheia, revue d'histoire

La Nouvelle Droite et la Tradition de Stéphane François

Par (note de lecture) Denis Andro
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Denis Andro

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Ce travail, intéressant et utile en dépit de défauts formels (coquilles...) et de quelques occurrences sémantiques maladroites , aborde l’interprétation et la récupération, par une frange de la Nouvelle Droite (autour du GRECE), de l’ésotérisme « traditionaliste », c’est-à-dire se référant à l’existence supposée d’une « Tradition » primordiale, dans le sillage de René Guénon (1886-1951). La greffe s’effectue dans les années 1970, notamment par une mouvance italienne influencée par l’ésotériste fascisant (et qui fut conférencier pour la SS) Julius Evola (1898-1974) et son thème (« héroïque » et guerrier, et non sacerdotal et contemplatif comme chez Guénon) de la lutte « contre le monde moderne ». Mais Alain de Benoist manifeste aussi assez tôt un intérêt pour Raymond Abellio (qui participera lui-même à Eléments), tandis que la connaissance de Guénon se serait diffusée dans la Nouvelle Droite par Louis Pauwels et Paul Sérant.

L’essaimage, au long des années 1970/1980, de thèmes ésotériques dans une frange significative de la Nouvelle Droite, et notamment alors chez son théoricien principal Alain de Benoist qui élabore un nouveau discours plus à distance du racialisme biologisant, apparaît tangente à des points programmatiques de celle-ci : élitisme, nationalisme européen, paganisme, ethno-différentialisme « identitaire », critique et rejet de la modernité (individualisme, égalitarisme) au profit d’une conception holiste et organiciste des sociétés où le sacré occupe une place, obsession des « peuples ». Il se déploie, sur un plan métapolitique (pour reprendre une notion-clef de la Nouvelle Droite reprise de Gramsci ) sur des lignes thématiques aux lectures assez codées que l’auteur décrit et analyse sur plusieurs stimulants chapitres : la notion de « Tradition » (avec l’idée, née à la Renaissance et reprise par les occultistes du XIXème siècle, d’un principe commun aux religions et aux philosophies) reconceptualisée par Guénon ; une conception de l’histoire marquée par la « théorie traditionnelle et dévolutive des cycles » (Kali Yuga, etc.) (p.51) ; le tropisme de l’Inde aryenne, modèle originel et sociétal d’une supposée « Tradition » vivante (avec notamment l’influence ou plutôt la réinterprétation du musicologue converti au shivaïsme Alain Daniélou) ; l’idée d’’Empire parfois reprise de l’idée évolienne anti-chrétienne d’empire gibelin ; le nordicisme de l’hyperborée où la « Tradition » aurait selon Guénon son origine, et le mythe, ici racialiste avec tous les délires sur les « peuples blancs », de l’Atlantide avec lequel Evola le confond ; une arabophilie ou islamophilie : maints « traditionnels » se sont en effet convertis à l’islam soufi à la suite de Guénon et de ses lecteurs des années trente, Frithjof Schuon, Titus Burckhardt ou Martin Lings, devenus pour certains des spécialistes de ce courant ; mais cet (...)


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