Arkheia, revue d'histoire

La Nouvelle Droite et la Tradition de Stéphane François

Par (note de lecture) Denis Andro
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Denis Andro

(...) semble-t-il, eu une inflexion vers plus de prudence ces dernières années, elle accueille ainsi le spécialiste de l’extrême-droite Jean-Yves Camus ; Stéphane François lui-même y collabore. Mais Pierre-André Taguieff, aux positions partisanes « limite » (cf ses attaques contre Stéphane Hessel), en est également membre.

Enfin, selon Stéphane François, la première génération néo-droitière qui a lancé le thème du traditionalisme tend, aujourd’hui, à s’en détacher. C’est notamment le cas d’Alain de Benoist (qui s’intéresse cependant encore à Abellio). Elle aura cependant contribué à dévoyer l’universalisme présent dans l’ésotérisme. Reste que cette idéologie (le « traditionalisme », évolien plus que guénonien, entré en confluence avec la Nouvelle Droite) méritait bien une enquête. Aussi intéressante que soit celle de Stéphane François, qui fourmille d’informations et ouvre de véritables pistes de réflexion, elle ne l ’épuise pas tout à fait. Nous pensons en particulier à son noyau psychologique ou existentiel : en effet, au-delà des« idées » - terrain sur lequel se place l’auteur -, l’affect, la croyance, sont mobilisés à la fois sur un plan très personnel et collectif. « Qu’est-ce qu’un collaborateur ? » s’interrogeait Sartre après la Libération . La décomposition de la société bourgeoise, dont les collaborateurs provenaient, n’en donnait pas tous les ressorts : il convient d’examiner la psychologie, les choix d’un engagement où entrent de la mauvaise foi, des affects. Qu’est-ce qu’un traditionaliste fascisant aujourd’hui ? Nous ne ferons ici qu’une remarque : la dévalorisation, dans le traditionalisme ésotérique, à la suite de Guénon, des courants du XIXème siècle et de la Belle Epoque dédaigneusement qualifiés de « néo-spiritualistes » (spiritisme, occultisme, néo-théosophie, métapsychique, philosophes de William James à Bergson), associés au « sentimentalisme », aux « idées modernes », démocratiques, progressistes, féministes, etc., nous paraît ici à la fois fondatrice et très prégnante, et traduire une peur panique à la fois, en effet, du principe de liberté ouvert par la modernité, et de la part de fragilité, de « féminin » (pour aller vite). Cet abrasement de l’ émotion, de la capacité à se sentir relié aux autres et à la nature, nous apparaît comme l’une des conditions de la construction de la personnalité fasciste que le traditionalisme doctrinaire d’Evola et sa haine phallocratique du féminin et du « peuple » ne pouvait que rencontrer. Aussi sommes-nous en désaccord avec Jean-Yves Camus repris par François, pour qui « la Nouvelle Droite n’est plus dangereuse depuis longtemps » (p.107). Non seulement les idées de cette nouvelle extrême-droite ont, en trente ans, encerclé partiellement le camp progressiste en en retournant certaines (comme le « droit à la différence »), mais encore sa référence à la »Tradition », (...)



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